Une réforme plutôt qu’une refondation du réseau de la santé

La première règle est de procéder à partir des besoins de la population et non pas des besoins des gestionnaires ou des hommes et femmes politiques, estime l'auteur.
Photo: Ronny Hartmann Agence France-Presse La première règle est de procéder à partir des besoins de la population et non pas des besoins des gestionnaires ou des hommes et femmes politiques, estime l'auteur.

Lettre adressée au ministre de la Santé

Selon ce que nous apprenons par les médias, votre prochain objectif serait de refonder le réseau de la santé et des services sociaux, c’est-à-dire, selon la définition du Larousse, « reconstruire sur des bases nouvelles », tâche pour le moins colossale ! Compte tenu de l’état lamentable de la structure de gouvernance héritée de la précédente réforme, c’est une obligation à laquelle votre gouvernement ne peut se soustraire. Toutefois, selon la rumeur médiatique, ladite « refondation » se ferait rapidement par des modifications législatives sans consultation préalable (abstraction faite des débats parlementaires).

Or, pour ramener les choses à des ambitions plus modestes réalisables à court et moyen terme, malgré les problèmes mis au jour par la gestion de la pandémie, il serait préférable de parler de réforme ou de révision du système. Car reconstruire sur des bases nouvelles nécessiterait un processus aussi lourd et complexe que les commissions Castonguay-Nepveu ou Rochon, sans parler du temps requis pour le réaliser, laissant le temps à au moins deux ministres successifs d’occuper vos fonctions ! Mais le temps presse !

Pour arriver à votre objectif, que ce soit par une réforme ou une simple révision, il y a des règles de planification à respecter, surtout dans le domaine de la santé et des services sociaux.

La première règle est de procéder à partir des besoins de la population et non pas des besoins des gestionnaires ou des hommes et femmes politiques, malgré leurs désirs sincères d’améliorer la prestation des services. Il faudra procéder par clientèle, compte tenu de l’ampleur et des catégories de besoins : les services aux jeunes enfants et aux adolescents, aux familles, aux personnes adultes aux prises avec un problème de santé mentale, aux malades chroniques, aux personnes âgées, aux personnes très âgées et frêles… La tâche est immense, mais une grande partie de ces travaux a déjà été réalisée par votre ministère et le réseau au cours des 20 dernières années, et une recension doublée d’une mise à jour auprès de ces clientèles peut être effectuée en moins de six mois.

À partir des besoins identifiés, il sera nécessaire de définir des objectifs de santé mesurables et des objectifs organisationnels, sans quoi le résultat de la démarche risque de n’être qu’une liste de moyens digne d’un salmigondis qui entraînerait des batailles idéologiques sans fin. Le résultat de ces travaux devrait d’abord être présenté sous forme de livre blanc ou de document de travail pour discussion élargie dans la population et auprès des travailleurs de la santé de tous les niveaux d’intervention et dans chaque région sociosanitaire. De cette démarche pourra émerger un projet de loi qui aura plus de chances de résulter d’un consensus largement établi, si on peut rêver un peu !

Concernant les structures du réseau, si votre désir de voir bouger les choses plus rapidement est impossible à réprimer ou est inassouvi par cette démarche incontournable, vous pourriez corriger sans plus tarder une aberration de la dernière réforme en détachant le réseau des CLSC des mégastructures hospitalières pour lui redonner sa vraie mission, soit celle d’être au service des populations locales pour donner des services de proximité, en particulier des soins et services à domicile, en garantissant enfin les ressources requises. En parallèle à cette action, il sera bon d’inclure au livre blanc la proposition de confier aux MRC la gestion des CLSC, plutôt que de créer des conseils d’administration autonomes, dans la ligne du mouvement Villes et Villages en santé qui a fait ses preuves il y a quelques années.

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