Les villes et l’accueil des réfugiés ukrainiens

«Les villes assument un rôle stratégique afin que les immigrants aient accès aux possibilités qui s’offrent à eux pour venir ici», écrit l'autrice.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Les villes assument un rôle stratégique afin que les immigrants aient accès aux possibilités qui s’offrent à eux pour venir ici», écrit l'autrice.

Alors que sévit la guerre en Ukraine, le gouvernement du Canada a annoncé dans les derniers jours des mesures pour favoriser l’accueil de réfugiés ukrainiens. Bien qu’on ne s’attende pas à une vague importante d’arrivée en provenance de ce pays, du moins à court terme, cela soulève la question à savoir comment ces migrants sont accueillis dans nos communautés. Un phénomène assez peu discuté — et même peu documenté — au Québec est celui du rôle des villes en matière d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants. En effet, les villes assument un rôle stratégique afin que les immigrants aient accès aux possibilités qui s’offrent à eux pour venir ici.

L’accueil et l’intégration des immigrants se font dans et par les communautés à l’échelle des villes ou même des quartiers. Les organismes communautaires prennent en charge la majorité des services, que ce soit pour les aider à trouver un logement, apprendre le français, chercher un premier emploi, etc. Ce travail se fait en concertation avec les acteurs de proximité pour assurer un ruban de services cohérent et complet, qui répond aux besoins des nouveaux arrivants.

Parce que les gouvernements municipaux sont les plus près des acteurs et sont ceux qui connaissent le mieux les besoins locaux, on a souvent vu les villes assurer un rôle de leadership en matière d’immigration. Les villes ont essentiellement deux rôles dans ce domaine. Le premier est lié à leur action directe, soit celui d’agir de manière exemplaire dans les champs de compétence qui leur sont reconnus (comme la police, comme l’employeur, etc.) Le second rôle, peut-être plus important encore, est de rassembler les acteurs, favoriser leur concertation pour identifier les défis, et surtout les solutions les plus adaptées à leur territoire. D’ailleurs, la littérature tend à démontrer que lorsqu’elles s’impliquent, les villes permettent de faire émerger des situations optimales sur leur territoire en matière d’immigration, plus que tout autre acteur.

L’accueil des réfugiés est une circonstance où les villes peuvent et ont joué un rôle prépondérant. Par exemple, à Gatineau, avec l’accueil des réfugiés syriens, c’est le gouvernement municipal qui a rassemblé les acteurs institutionnels locaux afin de s’assurer que ces réfugiés soient accueillis adéquatement. Il faut que dire que les réfugiés présentent, plus que les autres immigrants, des besoins particuliers, notamment en matière de santé physique, dentaire et psychologique.

Au Québec, toutes les grandes villes agissent en matière d’immigration. Et heureusement ! La concertation permet notamment de lutter en amont pour éviter une montée du racisme et de la xénophobie, et ainsi s’assurer de la résilience de la communauté. L’action des villes à cet égard est souvent inspirée de crises. Ce fut le cas à Québec, où l’engagement de la Ville en matière de vivre-ensemble s’est accentué après l’attaque à la mosquée en janvier 2017.

Un plus grand rôle

 

Alors qu’on parle souvent d’immigration comme une compétence du gouvernement fédéral et des provinces, particulièrement au Québec, les gouvernements municipaux sont appelés à jouer un plus grand rôle. Ce phénomène est vrai chez nous, mais aussi partout dans le monde.

En Ontario, de manière assez intéressante, les villes sont signataires de l’entente de 2005 qui lie le fédéral et la province afin de déterminer le partage des compétences, mais aussi de s’assurer de l’intégration du travail des différents niveaux de gouvernement et des organisations communautaires en matière d’immigration. Ce modèle de gouvernance a fait naître des Partenariats locaux pour l’immigration qui rassemblent les acteurs locaux à l’échelle des villes ou des quartiers (dans le cas de Toronto), afin de garantir une offre de services et, par le fait même, la pleine intégration des immigrants. Ce modèle est remarquable à bien des égards, notamment parce qu’il permet une gouvernance multiniveaux d’un enjeu qui l’est tout particulièrement.

La réalité de l’immigration est déterminée par le milieu dans lequel l’immigrant arrive. Pour ce faire, les communautés, et souvent les villes, sont appelées à jouer un rôle de premier plan. L’engagement des villes à cet égard est méconnu et sous-estimé. Au Québec, la gouvernance de l’immigration pourrait être mieux définie entre les villes et le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, qui ont parfois tendance à se piler sur les pieds…

On reconnaît de plus en plus que les enjeux mondiaux trouvent les solutions les plus pratiques au niveau local, un phénomène appelé « glocalization ». Le déplacement de migrants en est un bon exemple. Ainsi, les villes occupent de plus en plus de « nouveaux » champs de compétence. Ceux-ci sont, en plus de l’immigration, notamment l’environnement et la lutte aux changements climatiques, la lutte à l’itinérance, le logement, le développement économique. Il n’est pas surprenant dans ce contexte qu’on parle de gouvernement de proximité, même s’il reste du travail à faire pour le reconnaître et cesser de les traiter comme des « créatures des provinces. »

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