Mieux investir dans le logement social et abordable

«La crise du coronavirus au Canada offre une occasion inédite de trouver des solutions à la pénurie du logement locatif social et abordable pérenne», écrit l'auteur.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «La crise du coronavirus au Canada offre une occasion inédite de trouver des solutions à la pénurie du logement locatif social et abordable pérenne», écrit l'auteur.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fédéral était le bailleur principal pour financer et développer 600 000 logements publics, coopératives et logements sociaux. En 2019, après une absence de 20 ans, il a adopté sa nouvelle Stratégie en matière de logement, qui reconnaît le droit à la réalisation progressive du droit au logement.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a déclaré que tous les Canadiens devraient avoir un logement abordable d’ici 2030. Ce texte trace la voie à suivre pour respecter l’engagement pris par le gouvernement canadien de répondre de manière proactive aux besoins de 1,7 million de ménages mal logés, créant les nouveaux logements nécessaires, rénovant les propriétés existantes qui sont dangereuses et insalubres et aidant les gens qui paient plus de 30 % de leur revenu pour le loyer.

La crise du coronavirus au Canada offre une occasion inédite de trouver des solutions à la pénurie du logement locatif social et abordable pérenne. Malheureusement et tragiquement, la pauvreté, être mal logé et la COVID-19 s’inscrivent tous dans la même logique pour plusieurs ménages.

Il existe deux façons de financer le logement abordable. La première consiste à investir dans le coût de développement des logements et la seconde à subventionner les ménages qui consacrent plus de 30 % de leur revenu au loyer. L’investissement dans le développement ne devrait pas être une entreprise commune de partage des coûts par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Le gouvernement fédéral devrait utiliser sa capacité fiscale pour financer la totalité des investissements en capital afin d’atteindre son objectif de rendre le logement abordable pour tous au Canada. Concernant les loyers, le partage des coûts entre les divers niveaux de gouvernement devrait être limité aux programmes de soutien du revenu sur une base permanente, pour allouer une aide au revenu à un million de ménages qui consacrent plus de 30 % et souvent plus de 50 % de leur revenu au loyer, de sorte que tous les ménages ne paient pas plus de 30 % de leur revenu en loyer.

Voici ce que le gouvernement
fédéral doit faire :

1. Développer un programme national pour les Autochtones, par les Autochtones. Se concentrer sur les personnes et les services de soutien fondés sur la culture pour une gamme de services holistiques destinés aux ménages autochtones ayant un besoin impérieux de logement et vivant dans les zones urbaines, rurales et nordiques du Canada. Augmenter l’offre de logements stables, sûrs et abordables en construisant 73 000 nouveaux logements. Mettre en place des logements sûrs, sécurisés et abordables pour les peuples autochtones, qui sont conçus, développés, livrés et gérés par les peuples autochtones, constituant ainsi une pierre angulaire de la voie vers la réconciliation et l’autodétermination.

2. Construire des logements communautaires : un programme décennal visant à créer 300 000 logements sociaux et coopératifs à loyers très abordables hors marché et sans but lucratif qui seront durables à perpétuité ; et, pour assurer la viabilité financière des ménages à revenu faible et modéré, offrir des prêts à faible taux d’intérêt, des subventions et une aide au loyer adaptées au revenu.

3. Prévenir et mettre fin à l’itinérance chronique avec des objectifs et des échéanciers clairs et mesurables. La SCHL, par l’entremise de son programme Initiative pour la création rapide du logement (ICRL), doit investir dans la construction et l’exploitation d’un minimum de 50 000 logements avec services de soutien sur dix ans.

4. Prendre des mesures pour faire obstacle aux grands fonds du secteur privé qui acquièrent des propriétés locatives dans le but de les améliorer et d’augmenter les loyers, qui cessent d’être abordables, pour obtenir un retour élevé sur leurs investissements. Financer les coopératives, les autres fournisseurs de logements à but non lucratif et les agences municipales afin qu’ils acquièrent, rénovent et augmentent les propriétés existantes.

5. Utiliser l’initiative des terrains fédéraux pour faire des logements abordables, durables, accessibles et socialement inclusifs sur les terrains appartenant au gouvernement : on vise des actifs importants dans le bassin Peel appartenant à la Société immobilière du Canada.

6. Miser sur un partenariat potentiel entre le gouvernement fédéral et la Ville de Montréal. Montréal a plusieurs projets en cours, comme les écoquartiers prévus pour les propriétés appartenant à la municipalité ou contrôlées par elle à Louvain Est et à Blue Bonnets.

Ce texte appuie la proposition du réseau pancanadien d’organismes de logement nationaux, provinciaux et territoriaux de créer, d’ici 2030, 450 000 logements locatifs sociaux, abordables, accessibles et durables à perpétuité. Il est raisonnable de supposer que le Québec, proportionnellement à sa part de la population canadienne, recevra 22 % de tous les fonds fédéraux.

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