Ukraine et Taiwan, même combat?

«Il est vrai que l’Ukraine et Taiwan ont plusieurs points en commun: ce sont deux entités territoriales dans l’orbite d’anciens empires», reconnait l'auteur. 
Photo: Sam Yeh Agence France-Presse «Il est vrai que l’Ukraine et Taiwan ont plusieurs points en commun: ce sont deux entités territoriales dans l’orbite d’anciens empires», reconnait l'auteur. 

Beaucoup d’analogies et de projections circulent depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, et les postures de plusieurs pays (Pakistan, Iran et Chine en premier lieu) alimentent bien des spéculations pourtant difficiles à vérifier.

La proximité diplomatique de la Chine vis-à-vis de son homologue russe et les incursions quotidiennes d’avions militaires chinois dans l’espace taiwanais ont notamment mené plusieurs journalistes occidentaux à évoquer la possible invasion de Taiwan. Cette thèse est également évoquée dans presque toutes les périodes de questions suivant les conférences universitaires organisées autour de l’actualité ukrainienne.

Il est vrai que l’Ukraine et Taiwan ont plusieurs points en commun : ce sont deux entités territoriales dans l’orbite d’anciens empires. Ces derniers s’animent de sentiments revanchards vis-à-vis de l’Occident et instrumentalisent l’histoire récente en ce sens.

L’Ukraine et Taiwan ont également des territoires revendiqués par ces puissances, et ce, toujours au nom d’une histoire revisitée, simplifiée ou falsifiée : le Rus de Kiev reste, dans l’imaginaire du pouvoir russe, le berceau de la nation alors que Taiwan est définie comme chinoise de tout temps alors qu’elle ne fut administrée par Pékin qu’à partir du XVIIe siècle. Enfin, en réaction aux ingérences politiques et militaires multiples de leur voisin, les Ukrainiens et les Taiwanais s’identifient de plus en plus fortement comme des nations particulières et indépendantes.

Quelques disparités

 

Or, ces points communs ne devraient pas occulter les profondes différences entre les deux. Premièrement, Taiwan n’est pas, contrairement à l’Ukraine, un pays souverain reconnu par les Nations unies depuis la résolution 2758 votée en 1971 par l’Assemblée générale. Ajoutons que les pays qui reconnaissent diplomatiquement l’île (et donc prêts à courroucer Pékin sur ce sujet) ne sont plus que quinze. Dans ces conditions, des résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU condamnant une invasion hypothétique chinoise à Taiwan sont improbables.

Deuxièmement, l’armée chinoise n’est pas l’armée russe. Si sa modernisation et ses capacités sont bien réelles, son dernier déploiement comme partie prenante d’un conflit armé remonte à 1979 et a été perdu contre le Vietnam, alors que l’armée russe post-soviétique ne cesse de se déployer depuis 1994 (première guerre de Tchétchénie).

À l’ignorance des capacités réelles de l’armée chinoise en situation de combat actif s’ajoute la géographie. Contrairement à l’Ukraine, la difficulté ne viendra pas de la fonte des neiges et d’un possible enlisement dans les marais, mais du défi que représente un débarquement de grande ampleur sur des côtes ennemies, dont les forces armées se préparent depuis des années à cette éventualité.

Troisièmement, alors que l’OTAN refuse pour le moment toute implication directe en Ukraine, les États-Unis et plusieurs pays (Japon, Corée du Sud, Australie, Inde et Nouvelle-Zélande), échaudés par l’annexion complète de Hong Kong et la diplomatie chinoise, ont déjà annoncé qu’ils soutiendraient militairement Taiwan en cas d’attaque.

Enfin, les contextes politiques de la Russie et de la Chine sont loin d’être similaires. Alors que Poutine est indélogeable depuis 2000, Xi jouera cet automne sa réélection pour un troisième mandat. Conscient des dégâts causés par le traitement des minorités dans le pays et une diplomatie musclée vis-à-vis de l’Occident, il tablait jusqu’à récemment sur la mise en valeur de son bilan : bonne gestion de la pandémie, relance efficace de l’économie dans un contexte de sanction et un bon déroulement des Jeux olympiques.

Sur la scène internationale, le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, qui réitère actuellement la vigueur de l’amitié sino-russe, assurait encore en janvier que la mise en place d’un environnement mondial sûr et stable serait, à l’approche du XXe Congrès du Parti communiste chinois, un axe clé de la diplomatie chinoise pour 2022.

Si l’on peut légitimement penser que le massage des troupes russes à la frontière ukrainienne fut une aubaine pour Pékin lors des Jeux olympiques, le déclenchement de l’invasion dès la fin de la cérémonie de clôture semble fragiliser la position de Xi. Dans ces circonstances, il est plutôt improbable que la Chine attaque l’intégrité territoriale de Taiwan. Par contre, la Chine observe avec le plus grand intérêt les réactions de chacun afin d’anticiper les conséquences que provoquerait un tel acte, et rien ne peut être entièrement exclu dans un avenir proche.

 

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