Le paysage comme source de légendes

«La légende de Cap-d’Espoir rejoint celle, internationale, du Hollandais volant, le plus célèbre des bateaux fantômes», écrit l'auteur.
Photo: iStock «La légende de Cap-d’Espoir rejoint celle, internationale, du Hollandais volant, le plus célèbre des bateaux fantômes», écrit l'auteur.

En Gaspésie, on le sait bien, la mer est enjôleuse. Elle nous dicte des histoires qui se transmettent de génération en génération, et qui racontent et expliquent le paysage. Certains lieux, très évocateurs, semblent particulièrement propices à la manifestation d’événements surnaturels.

Il en va ainsi de Cap-d’Espoir, qui est devenu Cape Despair (Cap Désespoir) sous le régime anglais, avant de reprendre son nom d’origine, il y a une centaine d’années.

Situé dans la ville de Percé, l’endroit est célèbre pour ses naufrages ainsi que pour ses eaux déchaînées qui se fracassent sur les falaises. Il est aussi connu pour ses vents. Ils soufflent tellement fort qu’on dirait qu’ils gémissent.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un texte paru dans la revue Continuité, hiver 2022, no 171.

Depuis des lustres, on raconte qu’un vaisseau fantôme vient hanter Cap-d’Espoir. Chaque année, il retourne là où il a coulé avec son équipage. En général, il apparaît au crépuscule d’une nuit d’été. Pas une brise ne ride la surface de la mer jusqu’à ce que, sans avertissement, des vagues furieuses s’élèvent et se précipitent à l’assaut du rivage et des falaises. Dans leur course désordonnée, elles entraînent un vaisseau, toutes voiles déployées, que manœuvre un équipage bigarré. À sa barre, le fantôme de son capitaine le fracasse une fois de plus sur les rochers alors qu’un éclair déchire la nuit dans un bruit assourdissant. Il paraît qu’on entend même les cris et les lamentations des marins. Quelques minutes plus tard, le calme est de retour tandis que l’image du vaisseau se transforme en souvenir confus.

Le corsaire Léon Roussy

 

Certains prétendent que c’est le bateau La Léonne du corsaire et pêcheur Léon Roussy (1726-1811) qui revient hanter la population. D’autres pensent que ce vaisseau aurait transporté des pirates ayant commis un crime il y a plusieurs siècles. Ce jour-là, les malfrats seraient débarqués sur le cap et auraient massacré une pauvre vieille de l’endroit. Elle les aurait maudits en leur lançant une incantation : tant que le monde serait monde, ils brûleront sur la mer. Depuis, la population a pu voir, à l’approche du mauvais temps, la silhouette embrasée du bateau de malheur apparaissant toutes voiles au vent.

La légende de Cap-d’Espoir rejoint celle, internationale, du Hollandais volant, le plus célèbre des bateaux fantômes. Celle-ci nourrit les croyances des gens dans beaucoup de contrées qui jouxtent la mer. L’Angleterre, la Bretagne, les Pays-Bas et les pays scandinaves entretiennent son mythe. Celui-ci se décline en différentes versions. Mais toutes mettent en scène un capitaine ayant choisi de faire fi des dangers, quitte à naviguer pour l’éternité. Même Richard Wagner en a fait un opéra romantique. Encore tout récemment, ce mythe était modernisé avec le film Pirates des Caraïbes.

Enfin, plus près de nous, la microbrasserie Le Naufrageur de Carleton-sur-Mer en a fait une bière, la Léonne, qu’il faut évidemment boire au crépuscule, face à la mer, quand le vent est tombé, juste avant que…

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