Ce n’est pas l’OTAN qui fait peur à Poutine, mais la démocratie

«Les apôtres de la diplomatie et de la négociation ont été manifestement bernés par les manœuvres de Poutine depuis trois mois», écrit l'auteur.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse «Les apôtres de la diplomatie et de la négociation ont été manifestement bernés par les manœuvres de Poutine depuis trois mois», écrit l'auteur.

Je ne peux que souscrire à l’analyse de notre grand professeur de politique américaine Louis Balthazar exprimée dans le texte « C’est la faute des Américains », publié dans Le Devoir du 1er mars. Il écrit en mieux tout ce que je pense depuis une bonne semaine à propos de certains commentaires faits sur cette crise ukrainienne, notamment par certains experts eux-mêmes.

Permettez-moi d’en ajouter une couche. Comparer la décision prise à propos de l’Irak et celle prise à propos de l’Ukraine est aberrant, mais plutôt instructif. Car, tandis que celle de George W. Bush a mené au refus et à la fatigue de la guerre aux États-Unis, de même qu’à une vive opposition qui s’est traduite par l’élection d’abord de Barack Obama, puis de Donald Trump, la décision de Poutine est celle d’un dictateur qui rend très périlleuse toute opposition à son régime. Bref, le modèle politique et la légitimité des deux grandes puissances ne sont absolument pas comparables.

Ensuite, les apôtres de la diplomatie et de la négociation ont été manifestement bernés par les manœuvres de Poutine depuis trois mois. Buvant, entre autres, le « Kool-Aid » du président français, Emmanuel Macron, ils ont cru (sans doute sincèrement) qu’on pouvait négocier avec Poutine. Même après que celui-ci eut utilisé les mêmes méthodes violentes pour régler à ses yeux le sort de la Géorgie en 2008 puis celui de la Crimée en 2014.

Leurs analyses vont jusqu’à blâmer la diplomatie occidentale, mais surtout américaine, pour le désastre qui s’abat sur l’Ukraine depuis une semaine. En vérité, on peut se demander si, au lieu de critiquer les États-Unis pour avoir proposé l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, il ne faudrait pas plutôt les critiquer pour avoir attendu si longtemps !

Enfin, sur l’OTAN justement, certains analystes se plaisent à annoncer ses obsèques (un peu comme Macron qui parlait de mort cérébrale) et, là aussi, à blâmer l’organisation de défense pour avoir péché en provoquant la crise. Pourtant, jamais cette organisation n’aura trouvé une mission et une unité aussi évidentes que face à cette crise, au point où elle ressuscite, après une présumée impertinence et une apparente paralysie.

Penser qu’une nouvelle architecture de sécurité européenne, avec la Russie, constituerait une recette miracle, c’est ignorer l’histoire : cette recette a déjà été essayée et elle a échoué dans les années 1990, quand Poutine n’était pas encore au pouvoir ni devenu le dictateur qu’il est aujourd’hui. Je le répète, ce n’est pas l’OTAN qui fait peur au président russe, mais la démocratie. Les États-Unis, comme nous, devront trouver les moyens de la défendre, et non plus seulement la promouvoir.

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