Le pouvoir des personnes âgées

«Au cours des deux dernières années, les
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Au cours des deux dernières années, les "vieux" ont souffert d’âgisme, de discrimination marquée en fonction de leur âge», écrit l'auteur.

C’est un pur truisme de dire que la pandémie a porté un dur coup aux aînés. Est-il nécessaire de revenir sur ce qui s’est odieusement passé dans les CHSLD et dans les résidences pour personnes âgées ? Les aînés, les « vieux », ont souvent été malmenés, voire ostracisés, avec peu de raisons justifiables. Qu’ont-ils de moins dans notre société, sinon cette faible considération qu’on leur porte parfois ? Comme ceux des autres générations, ils ont dû, eux aussi, vivre normalement en composant avec les mesures sanitaires. Rien de moins.

Souvent privés de l’estime de plusieurs, ils arrivent à faire fi, sans doute en raison de leur résilience et de leur conscience, de certaines attitudes parfois désobligeantes. Il serait déplacé et disgracieux de prétendre, de façon éhontée, que les aînés vivent aux crochets de la société, sans reconnaître vraiment leur contribution humaine, sociale et économique.

D’après les informations gouvernementales canadiennes, les personnes de 50 ans et plus paient davantage d’impôts que les personnes plus jeunes, sans oublier les nombreuses taxes. Leur consommation en biens et services s’élèverait à 20 milliards de dollars par année. Près du tiers des personnes de plus de 70 ans apportent un soutien pécuniaire à leurs petits-enfants. De plus, par leur fréquentation d’espaces publics (centres commerciaux, restaurants, etc.), sans omettre leurs « escapades » et voyages, elles constituent un moteur important de la vie économique. A-t-on besoin d’être encore plus explicite ?

Certains prétendent en oubliant qu’ils auront eux aussi un jour cet âge vénérable que les aînés coûtent cher au système de santé. Il faudrait y voir de plus près. Qu’ont-ils à voir, ainsi, avec le coût astronomique de la technologie médicale et la hausse vertigineuse des coûts des médicaments, si profitable à l’industrie pharmaceutique et grugeant le budget du gouvernement ? Sans parler de la rémunération des médecins. Comment ces jeunes détracteurs pensent-ils qu’on puisse prolonger la vie (et particulièrement la leur le moment venu) sans prévoir des mécanismes de recherche ou de soins, qui leur serviront un jour à eux aussi ?

Et que dire de l’engagement social des aînés, de leur potentiel humain ? Croire que les personnes âgées sont rivées à la maison constitue une ineptie, une grave erreur d’appréciation de leurs compétences et de leur expérience. En effet, la moitié des personnes de 55 ans et plus font partie d’une association au Québec. À elle seule, la FADOQ compte près de 550 000 membres ; l’Association des retraités de l’enseignement du Québec, 57 000 membres ; et l’Association québécoise de la défense des droits des retraités, environ 40 000 membres. Le mouvement associatif est une force qui dépasse la simple couleur des cheveux ou les mains tavelées.

Les aînés font aussi beaucoup de bénévolat. Plusieurs demeurent présents dans les services à la population, que ce soit dans les établissements de santé, les bibliothèques publiques ou les associations caritatives. Au Québec, les chiffres sont plutôt éloquents : près de 2,5 millions de personnes (dont un bon nombre de personnes âgées) consacrent plus de 400 000 heures au bénévolat, ce qui représente (selon un ratio hypothétique de 10 $/l’heure) la rondelette somme de 4 millions de dollars annuellement.

Les transferts intergénérationnels sont aussi une marque distinctive des personnes aînées, notamment en ce qui a trait au transfert des connaissances que l’on peut observer dans plusieurs domaines, notamment par l’aide apportée à la famille et les conseils judicieux prodigués aux proches. Les transferts financiers ne sont pas non plus à dédaigner, par des legs ou des héritages.

Au cours des deux dernières années, les « vieux » ont souffert d’âgisme, de discrimination marquée en fonction de leur âge. Le temps est venu de les écouter en leur laissant la parole, individuellement ou à travers les divers mouvements associatifs. Ils ne sont pas un poids pour la société ; bien au contraire, ils sont une richesse qui mérite d’être reconnue.

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