Mesures d’urgence, situation de crise et gestion médicale

Une nouvelle formule de soignants de première ligne pourrait être créée pour alléger la pression exercée sur le système de santé, écrit l’auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une nouvelle formule de soignants de première ligne pourrait être créée pour alléger la pression exercée sur le système de santé, écrit l’auteur. 

La crise sanitaire qui fait rage depuis bientôt deux ans aura révélé un manque de prévoyance, de préparation et d’organisation de la part des gouvernements. La désormais célèbre expression du premier ministre québécois en mars 2020 qui évoquait que l’on « construisait l’avion en plein vol » illustrait parfaitement la gravité de l’impréparation. Après 24 mois de rafistolage, il est plus que temps de construire sur des bases solides afin de corriger les lacunes qui ont été relevées dans plusieurs domaines, à commencer par le manque de personnel et la gestion du personnel soignant en situation d’urgence.

Fort de ses 23 000 médecins, 80 000 infirmières et milliers professionnels de la santé, le gouvernement du Québec assume pleinement les prestations de service aux citoyens en matière de santé. Ce domaine fait partie de nos « vaches sacrées » sur le plan des champs de compétences. Or, depuis une trentaine d’années, notre système est mis à mal et constamment sous pression, même lorsque la situation est normale. Le gouvernement fédéral a ouvert son chéquier depuis le début de la crise sanitaire pour financer diverses mesures, mais l’argent ne pourra jamais créer de toutes pièces la ressource primordiale en situation d’urgence : le personnel qualifié. Même les forces armées, appelées en renfort sous le coup de la panique, n’étaient aucunement aptes à remplir les fonctions médicales dont Québec avait besoin.

Depuis décembre dernier, le premier ministre du Québec impose des restrictions et de nouvelles mesures sanitaires, compte tenu du manque de lits disponibles aux soins intensifs dans l’ensemble du réseau. La crise sanitaire exerce une pression exceptionnelle sur le réseau de la santé, mais pour y faire face, combien de lits d’hôpitaux supplémentaires faudrait-il créer pour désengorger le système régulier ? 500 ? 1000 ? J’ose espérer que le MSSSQ le sait déjà, et si ce n’est pas le cas, il serait pressant de produire une estimation réaliste.

Une situation d’urgence telle que la crise d’Oka, le déluge du Saguenay, la crise du verglas et maintenant la crise sanitaire de la COVID19 exige une gestion d’intervention 24/7. Le Conseil exécutif dispose de pouvoirs exceptionnels de gestion de crise, notamment les décrets et des budgets d’urgence. Avec de tels outils, le gouvernement peut assumer ses responsabilités, gérer la situation et mandater diverses agences, divers ministères ou organismes.

Unité de soutien d’urgence

Je suis d’avis que la pièce manquante au casse-tête repose dans la Sécurité civile. Québec doit impérativement investir, moderniser et professionnaliser l’organisation de la Sécurité civile et la doter de moyens permanents en créant notamment une unité médicale en situation d’urgence (UMSU). Cette UMSU aurait pour mission d’organiser une capacité de déploiement médical partout au Québec afin de garantir l’ouverture de lits supplémentaires de façon ciblée, en situation d’urgence. Cette unité doit être dotée de moyens permanents sur les plans logistique, financier et humain en situation régulière. Lorsqu’une situation d’urgence est décrétée, une force de réserve viendrait s’ajouter à l’USMU.

Il s’agirait d’une force mobile souple, structurée, entraînée et rémunérée en conséquence lorsqu’elle est mobilisée. Les postes-clés requis seraient pourvus selon une base volontaire directement dans le réseau de la santé. L’UMSU constituerait, en quelque sorte, un système d’amortisseurs pour tout le réseau, afin de l’aider à parer les chocs qui peuvent affecter les prestations de soins réguliers durant une situation d’urgence.

Il serait aussi judicieux d’harmoniser, bonifier et revoir avec les partenaires existants les cours de premiers soins à la population générale. Sous l’égide de l’UMSU, une nouvelle formule de soignants de première ligne en situation d’urgence pourrait être créée afin de former, encadrer et organiser efficacement des bénévoles ou des volontaires civils lorsque la situation le requiert. Nous nous rappellerons à titre d’exemple la demande de Québec d’intervention des forces armées et du relais rapide vers la Croix-Rouge que je préconisais à l’époque.

Dans le siècle présent, le monde, le Québec inclut, devra se préparer à faire face à plusieurs éventualités en matière de protection civile et gérer une multitude de risques ou de menaces à sa sécurité. La réorganisation et la modernisation de l’organisation de la Sécurité civile pourraient fortement contribuer à être prêt face aux défis d’aujourd’hui et de demain.

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