Nous avons besoin de l’expertise des scientifiques

«Deux rapports d’organismes officiels et compétents ont récemment souligné les failles dans la conception du projet du REM de l’Est», écrit l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Deux rapports d’organismes officiels et compétents ont récemment souligné les failles dans la conception du projet du REM de l’Est», écrit l'auteur.

La présente crise mondiale de l’épidémie de COVID-19 nous a permis d’être les témoins de la capacité des scientifiques de concevoir et déployer en des temps records diverses technologies permettant de mitiger les ravages causés par le virus, comme la création de vaccins réduisant la mortalité de plus de 90 %, le développement de nouvelles thérapies antivirales ou l’identification des meilleurs comportements à adopter pour limiter la transmission. Comme nos dirigeants ont également pour l’essentiel utilisé les résultats de telles avancées pour orienter leurs prises de décisions, nous avons pu apprécier les bénéfices d’une telle approche. Ceci signifie-t-il que nous avons appris comment mettre à profit nos découvertes scientifiques ou technologiques pour résoudre les difficiles problèmes que nous devrons affronter à l’avenir ?

Certains événements des derniers jours semblent nous montrer que rien n’est moins sûr. Ainsi, deux rapports d’organismes officiels et compétents ont récemment souligné les failles dans la conception du projet du REM de l’Est. Dans sa réponse, ce même gouvernement, qui se targue de laisser la science guider ses décisions, s’est principalement évertué à insulter les auteurs du rapport et de les encourager cavalièrement à « refaire leurs devoirs ». Au lieu de s’inspirer d’une analyse exhaustive des besoins basée sur des données fiables, on a choisi de nous servir une bagarre de chats de ruelle. Cette attitude du gouvernement ne semble pas être une exception, étant en fin de compte fort semblable à celle adoptée dans d’autres dossiers, comme ceux du possible troisième lien ou du tramway à Québec, ou la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la province.

Dans un proche avenir, nous devrons affronter une liste sans cesse croissante de problèmes existentiels : les changements climatiques, la perte de biodiversité, l’émergence de nouvelles épidémies dues soit à l’apparition de nouveaux agents pathogènes, soit au développement de résistances aux thérapies existantes, l’organisation des milieux de vie urbains… Plus que jamais, nous aurons donc besoin de l’expertise des scientifiques. Traditionnellement, les conditions qui permettent à ces derniers de développer au mieux leur imagination et leur créativité se retrouvent au sein d’un espace où prime la liberté d’enseignement et intellectuelle. Alors qu’il est permis d’imaginer qu’un système démocratique serait le mieux à même de promouvoir de telles conditions, nous constatons malheureusement que la science et la technologie sont en fait prises en otage par ces mêmes dirigeants que nous avons élus démocratiquement.

Nous méritons mieux qu’un système où la résolution des problèmes repose plus sur les caprices des politiciens du moment que sur les résultats d’une analyse professionnelle, rationnelle et sensée. Churchill disait que la démocratie était un mauvais système, mais que toutes les autres options étaient pires. Cela ne devrait pas toutefois nous empêcher d’essayer de l’améliorer. Faute de pouvoir améliorer nos politiciens, nous pourrions imaginer des structures où les prises de décisions seraient protégées de leurs dérives.

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