Crise de la STM, étalement urbain et crise de gouvernance

«Le centre de l’agglomération montréalaise n’a cessé de céder du terrain à la
Photo: Jonathan Taillefer Getty Images «Le centre de l’agglomération montréalaise n’a cessé de céder du terrain à la "banlieusardisation", à l’étalement urbain, au triomphe du transport automobile, à la marginalisation du transport collectif, à la balkanisation de l’espace métropolitain», écrit l'auteur.

La présente pandémie et la démission du Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, ont fait ressortir les graves lacunes du système de santé québécois. La crise de la Société de transport de Montréal (STM) et la démission du directeur général de la STM, M. Luc Tremblay, mettent aussi au grand jour le cul-de-sac où nous a conduits l’aveuglement de nos gouvernants en matière d’étalement urbain, de gestion métropolitaine et de planification des transports dans la grande région de Montréal (et peut-être aussi dans celle de Québec).

Depuis de nombreuses décennies, les chercheurs universitaires alertent nos autorités sur l’incontournable nécessité d’arrimer systématiquement la planification des transports privés et publics, la planification urbanistique et les structures de gestion métropolitaines. Nos responsables politiques se sont cependant montrés dramatiquement incapables d’agir en conséquence.

Il faut remonter aux administrations Drapeau-Saulnier et Drapeau-Lamarre pour trouver des responsables montréalais déterminés à relever le défi d’assurer à la fois la consolidation du centre par la construction du métro, l’édification de la Place des Arts et la renaissance du Vieux-Montréal, et la lutte contre l’étalement urbain par l’Opération 20 000 logements, qui fut le plus grand succès du XXe siècle en cette matière.

Depuis, le centre de l’agglomération montréalaise n’a cessé de céder du terrain à la « banlieusardisation », à l’étalement urbain, au triomphe du transport automobile, à la marginalisation du transport collectif, à la balkanisation de l’espace métropolitain.

Nous avons assisté à l’affaiblissement dramatique de la gouvernance métropolitaine par la multiplication et l’entrecroisement débilitant des structures administratives : municipalités, arrondissements, agglomération, MRC, Communauté métropolitaine de Montréal, sociétés de transport locales et Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM).

Nous sommes même témoins du recours à une structure paragouvernementale issue de la Caisse de dépôt et placement du Québec, CDPQ Infra, pour la réalisation de l’infrastructure de transport la plus structurante du moment, le REM.

Résultat de ce fouillis administratif : de plus en plus de Montréalais fuient la ville centre. Une troisième couronne est en formation, au grand dam des maires de Varennes, de Repentigny, de Terrebonne et de Mascouche, qui ont sonné l’alarme le 9 janvier 2019. Et les villes défusionnées de l’île de Montréal tentent de réduire leur contribution financière à la ville centre, qui croule sous les problèmes de criminalité, d’itinérance, de pauvreté, d’entretien des infrastructures et de financement des services municipaux.

Une seule et unique instance peut mettre enfin de l’ordre dans ce désordre qu’elle a causé, et c’est le gouvernement, le gouvernement du Québec.

Lui seul peut, s’il le veut, mettre un frein à l’étalement urbain : en prenant en charge la délivrance des permis de construction, en arrêtant les projets de construction d’autoroutes, en rendant plus efficace le réseau autoroutier existant par une amélioration des jonctions des autoroutes existantes, en simplifiant les structures administratives actuelles, en fusionnant ce qui doit l’être, en taxant la congestion routière et la pollution, en décourageant le recours à l’automobile et en créant une ceinture verte autour de l’aire métropolitaine de Montréal. Tout cela tient de l’évidence.

Comment faire triompher enfin le bon sens avec les partis politiques actuels ? Voilà la question.

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