De quelle droite est le Parti conservateur du Québec?

«Si nous parcourons le programme du parti, on peut observer la grande importance que les conservateurs québécois accordent au libre choix des individus», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Si nous parcourons le programme du parti, on peut observer la grande importance que les conservateurs québécois accordent au libre choix des individus», écrit l'auteur.

Les débats sur la hausse de la popularité du Parti conservateur du Québec ont fait l’objet de nombreux textes, dans ce journal ou dans les autres. La dernière contribution du professeur Frédéric Boily (Le Devoir, 21 janvier) est intéressante. Par contre, il semble manquer un élément important qui empêche de bien analyser ce parti. Nous ne devons pas seulement voir ce parti comme un partisan du conservatisme traditionnel, un véhicule politique pour la partie la plus radicale des opposants aux mesures sanitaires ou comme le résultat de friction dans les partis de droite. Le but de cette participation au débat est d’affirmer le caractère libertarien du PCQ. C’est bien ce terme qu’il faut utiliser lorsque nous discutons du parti de l’ancien animateur de radio.

De la liberté

Ce qui n’est pas abordé par Boily et qu’il serait important qu’il le soit ici est la promotion de la liberté individuelle et la subordination du rôle de l’État à celle-ci. Même si cette valeur reste importante pour le conservatisme traditionnel et pour la droite en général, cette dimension est beaucoup plus centrale pour le PCQ que pour les autres partis politiques provinciaux. En effet, les autres partis politiques semblent avoir adopté un certain consensus envers l’État et son rôle. Par contre, le Parti conservateur formule les plus grandes critiques envers le rôle que doit jouer l’État. La pensée libertarienne est assez vaste, mais on peut en dégager quelques points.

Premièrement, la liberté individuelle est le but suprême. Cela semble évident, mais c’est la façon d’y parvenir qu’il est important d’expliquer. Le postulat de départ est que les individus sont les mieux placés pour connaître leurs intérêts. L’idée derrière ce postulat est que les individus possèdent la rationalité suffisante pour faire les choix qui permettent la réalisation de ses objectifs. De plus, chaque personne est propriétaire de soi et du travail qui résulte de ses efforts. On se demande donc comment les individus doivent gérer leurs interactions entre eux puisque les personnes ne peuvent espérer être en autarcie et ne dépendre que de soi-même. La réponse réside dans l’accès aux différents marchés qui doivent servir de médiation aux individus qui désirent échanger des biens ou des services. Ainsi, puisque les individus sont rationnels et sont propriétaires des fruits de leur travail, ils peuvent espérer pouvoir échanger librement ce qu’ils veulent à l’aide de marchés également libres. Le rôle de l’État est donc de favoriser la création et le maintien des conditions favorables au bon fonctionnement des marchés. Le système de justice, les infrastructures publiques et les forces de l’ordre sont des domaines que l’État doit prendre en charge, puisque ces derniers sont importants au bon déroulement de la société de marché.

Du libertarisme au Québec

[…] Si nous parcourons le programme du parti, on peut observer la grande importance que les conservateurs québécois accordent au libre choix des individus. Dans le domaine de la santé, en environnement ou en éducation, la liberté de choix et la concurrence entre les individus et entreprises sont des principes centraux. L’État est vu comme un frein à l’efficacité du système. Bien entendu, l’évolution sociopolitique du Québec fait en sorte que les acquis comme la gratuité des soins ne peuvent pas être simplement balayés de la main, mais une plus grande présence du privé est vue d’un bon œil. Ainsi, la plus grande présence du marché est encouragée par la confiance envers les vertus de la liberté de choix des individus.

Ce qui est vital, dans les critiques du PCQ, c’est la supposée incompétence de l’État. En temps de pandémie, nous pouvons voir les défaillances des choix de politiques publiques qui ont été faites lors des dernières décennies. Le parti a donc une situation politique et sociale qui peut favoriser l’adhésion à la critique libertarienne de l’État. En effet, les différents partis au pouvoir ne semblent pas avoir réussi à s’occuper des domaines qu’ils étaient censés entretenir, comme le démontre l’état du système de santé. Certaines personnes, en plus d’être fatiguées des mesures sanitaires, peuvent conclure que la gestion étatique ne peut pas mener à de bons résultats. Ainsi, les troupes de Duhaime peuvent bénéficier d’un soutien d’une partie de la population qui demande plus de libertés et moins d’ingérence étatique.

Pour finir, il serait intéressant de se demander si la relative popularité du parti, dont l’électorat serait surtout concentré dans la ville de Québec, peut être liée à l’influence que les radios de Québec peuvent avoir.

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