La confiance du gouvernement envers son peuple

Le gouvernement en place a besoin de lâcher prise avec son concept de contrôle et il doit décentraliser la distribution des vaccins, soutient l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le gouvernement en place a besoin de lâcher prise avec son concept de contrôle et il doit décentraliser la distribution des vaccins, soutient l'autrice.

Le gouvernement du Québec veut que la population lui fasse confiance, mais il n’accorde sa confiance ni aux citoyens, ni à leurs représentants, ni à son propre réseau dans la distribution des vaccins contre la COVID-19.

Il est donc venu à bout de solutions et au lieu de se tourner vers l’externe, il s’est tourné vers lui-même. Et tout ce qu’il trouve, c’est un concept vétuste et aléatoire qui, au mieux, distrait son entourage des vrais problèmes.

En ce qui a trait à la vaccination :

Les médecins n’ont jamais été mis à contribution

On s’attend des médecins qu’ils vaccinent (entre autres) contre l’influenza, même durant la pandémie. Ils sont pleinement équipés pour vacciner, mais on leur défend bec et ongles de vacciner contre la COVID. Or, pourquoi les médecins ne feraient-ils PAS partie de la solution ?

Ils voient leurs autres patients dépérir en raison des non-vaccinés.

Ils soignent toute la population, mais surtout les plus vulnérables, qui leur font confiance même lorsqu’ils ne font plus confiance à qui que ce soit d’autre. Ils sont habitués d’individualiser le message quant aux risques reliés à la maladie et au besoin vaccinal.

Les gens font généralement confiance à leur médecin, mais est-ce que le gouvernement fait confiance au corps médical ?

Les CLSC n’ont jamais été interpellés

Les fonds et les ressources autrefois accordés aux CLSC ont graduellement été octroyés ailleurs, mais les CLSC sont encore présents dans bien des communautés. Les gens s’y rendent pour recevoir la vaste majorité de leurs vaccins, donc l’habitude est là.

Le personnel des CLSC ne souhaite pas mieux que la fin de la pandémie — pourquoi doit-il recevoir des personnes non vaccinées pour les autres services et rester totalement impuissant à les protéger contre le plus grand ennemi actuel ? Pourquoi le gouvernement ne fait-il pas confiance à son réseau de CLSC ?

Les écoles ont été largement sous-utilisées comme sites de distribution

De nombreux vaccins sont traditionnellement administrés dans les écoles.

Combien d’enfants recevraient-ils le vaccin contre l’hépatite B ou le VPH si ceux-ci n’étaient pas donnés dans les écoles ? Qu’y a-t-il de surprenant à ce que les parents ne procèdent pas à toute une logistique de vaccination parallèle au système déjà en place ?

Les parents font confiance au gouvernement pour donner d’autres vaccins à même le lieu d’apprentissage habituel des enfants — pourquoi pas les vaccins anti-COVID ?

Pourquoi le gouvernement ne fait-il pas davantage confiance aux infirmières scolaires et aux écoles comme pour les autres vaccins ?

Les sites de vaccination ne sont pas à proximité

Pour le Pontiac, par exemple, il n’y a qu’un seul site de vaccination pour une superficie de près de 15 000 km2. À titre de comparaison, la ville de Gatineau a une superficie de 380 km2 et l’île de Montréal, 431 km2.

Le seul site de vaccination dans le Pontiac est à Campbell’s Bay, tandis qu’une bonne majorité de la population du Pontiac n’a jamais visité ce village de sa vie.

Dans le Pontiac, comme à bien des endroits, il n’y a pas de transport public qui pourrait être mis à contribution. Le gouvernement désire-t-il s’approcher de la population, oui ou non ?

Les municipalités et les MRC n’ont pas été invitées à participer à l’effort

C’est dans l’intérêt de tous les Québécois que la population soit vaccinée. Les villes et les MRC n’auraient-elles pas des façons novatrices de faire la vaccination, par exemple dans les centres sportifs, les bibliothèques ou les salles municipales ? Qui connaît mieux les habitudes de sa population que l’administration d’une municipalité ?

Pourquoi le gouvernement ne fait-il pas confiance aux municipalités et aux MRC pour contribuer au bien-être de la population, surtout dans cette situation exceptionnelle ?

Les organismes communautaires n’ont pas été mis à profit dans l’effort collectif

Plusieurs organismes font affaire avec une population démunie sur une base quotidienne. Ces organismes sont là pour la santé et le bien-être des citoyens. La population vulnérable fait instinctivement confiance à ce qui s’avère trop souvent leur seul niveau d’appui social. Pourquoi le gouvernement ne fait-il pas confiance aux organismes communautaires dans la prévention de la COVID ?

La contribution des patients, de leurs représentants et du réseau entier de la santé — y compris les organismes communautaires — pourra résoudre le problème du manque d’accès des non-vaccinés et contribuer à vacciner une portion significative de gens qui font davantage confiance à ceux qui leur sont proches qu’à un gouvernement hypercentralisé et distant. Le gouvernement en place a besoin de lâcher prise avec son concept de contrôle et il doit décentraliser la distribution des vaccins. Son approche actuelle ne l’aide pas du tout à atteindre ses buts ni ceux de la population. Il a demandé notre confiance, à son tour de nous accorder la sienne.

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