À la droite de la droite

Le chef conservateur Éric Duhaime
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef conservateur Éric Duhaime

Le récent sondage Léger montrant une progression du Parti conservateur du Québec ainsi que la candidature de la comédienne Anne Casabonne pour l’élection partielle dans Marie-Victorin ont suscité plusieurs interrogations sur la formation d’Éric Duhaime. Il semble bien que le parti reprenne de la vigueur avec l’ex-animateur de radio, comme le montre aussi le nombre de membres qui ont rejoint cette formation.

Si Éric Duhaime affirme avoir fait le saut à la radio parce qu’il craignait que le Québec prenne un virage à gauche, ce n’est plus tant le spectre d’une gauche pouvant prendre le pouvoir au Québec qui le motive aujourd’hui que la lutte contre la CAQ. Selon lui, François Legault aurait trahi les anciens adéquistes et renié des engagements, comme celui de travailler pour le développement du pétrole et du gaz, comme il l’a dit dans une entrevue au Western Standard lors de son passage à Calgary en décembre dernier. Ainsi, le PCQ cherche à faire revivre le courant conservateur qui traverse l’histoire du Québec en faisant le plein de partisans adéquistes déçus par les orientations caquistes et de tous les mécontents de la gestion de la pandémie, qui commencent à être plutôt nombreux.

Cependant, cette présence plus importante du PCQ correspond aussi à un mouvement de fond qui agite la grande famille de la droite canadienne. En effet, celle-ci est en proie à une sorte de crise existentielle idéologique qui fait en sorte que des formations existantes, au gouvernement ou dans l’opposition, sont aux prises avec d’importantes tensions internes. Pensons à la situation d’Erin O’Toole. Des partis émergent du côté droit des partis traditionnels, qui sont accusés d’être de faux conservateurs. Dans plusieurs provinces canadiennes, des groupes et des mouvements, qu’on pourrait presque dire sécessionnistes, critiquent durement les partis de droite au pouvoir. Par exemple, en Alberta, on note la réapparition de petites formations de droite (Wildrose Independance Party), encore que la lutte principale se déroule à l’intérieur même du parti de Jason Kenney, menaçant même son leadership.

Au-delà de toutes les différences considérables entre ces partis, un point commun émerge. Essentiellement, pour ces partis, la droite au gouvernement est jugée comme étant trop tiède, mièvre, pas assez fière d’être de droite. Celle-ci devrait s’affirmer et cesser d’imiter, en matière environnementale par exemple, les autres formations politiques. Aux yeux de cette dissidence de droite, les partis traditionnels de droite et de gauche, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Certes, cette dimension de rejet qui est à l’œuvre ici a déjà été présente dans le passé.

Crise sanitaire

Cette fronde de droite bénéficie toutefois d’une nouveauté. La crise sanitaire fait en sorte de libérer un espace idéologique articulé autour des critiques visant les mesures sanitaires, les confinements et tout ce qui entoure la vaccination. Or la gestion de la pandémie des dernières semaines fournit du carburant supplémentaire à la rhétorique du PCQ, surtout que nombre de critiques contre le premier ministre Legault viennent de différents horizons, de droite comme de gauche, et de scientifiques comme du citoyen lambda. Voilà un réservoir potentiel de critiques et de récriminations qui pourraient être reprises par Éric Duhaime, qui est un habile et controversé communicateur.

En outre, Éric Duhaime dispose de deux atouts supplémentaires. Le premier, c’est que le chef du PCQ a pu se construire un capital propre de reconnaissance grâce à la radio. Ainsi, Duhaime peut bien se plaindre que les médias traditionnels le boudent, il n’empêche que d’autres médias lui donnent le temps voulu pour s’exprimer et rejoindre de potentiels électeurs. Le second atout, c’est que le PCQ peut concentrer ses appuis dans une ou quelques régions en particulier. En comparaison avec Maxime Bernier, dont le discours contre les mesures sanitaires était similaire, Duhaime n’a pas à sillonner les campagnes des provinces des Prairies pour engranger des voix. Au contraire, il aura simplement à traverser les ponts d’une rive à l’autre de Québec à Lévis pour faire campagne.

Enfin, on pourrait croire que l’espace idéologique évoqué plus haut se rétrécira dans l’avenir, freinant sec les espoirs du PCQ. Mais l’évaluation des répercussions de la crise sanitaire sur l’évolution des idéologies reste un exercice hautement spéculatif. Avec les variants et les volte-face du gouvernement caquiste, on ne peut pas exclure que cet espace prenne encore de l’expansion.

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