Entendre les non-vaccinés avant de les condamner

Il faut donner aux non-vaccinés éclairés le droit à la parole publique avant de leur imposer une amende, fait valoir l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Il faut donner aux non-vaccinés éclairés le droit à la parole publique avant de leur imposer une amende, fait valoir l'auteur.

Les non-vaccinés sont devenus les boucs émissaires dans de nombreux pays : au Québec, ils devront payer une amende, ce qui, dans l’immédiat et à la lumière de l’information offerte dans les médias grand public, semble satisfaire la majorité. Mais d’abord, qui sont-ils, ces non-vaccinés ? Réponse trouvée sur le site du Sénat français le 6 janvier 2022 : « Dans l’échantillon interrogé, 40 % des non-vaccinés le sont principalement par difficulté d’accès, comme les immigrés ou les personnes âgées isolées vivant en milieu rural. »

Il en est de même au Québec, si l’on en juge par un article de Jean-François Nadeau dans Le Devoir du 10 janvier et un autre signé par Judith Lachapelle dans La Presse du 11 janvier. Les 40 % de gens éloignés du vaccin et isolés de la société ne sont-ils pas des emmerdés du destin qui, pour cette raison, sont plus exposés aux formes graves de l’infection, ce qui pourrait expliquer au moins partiellement la surreprésentation des non-vaccinés dans les hôpitaux ? Et quelle est, d’autre part, la proportion des gens déclarés positifs admis à l’hôpital pour d’autres raisons ?

Dans l’étude française, je lis aussi : « Par ailleurs, au sein même des non-vaccinés par choix, seuls 2/3 d’entre eux rejettent frontalement le vaccin, quand l’autre tiers a des doutes, mais ne se considère pas comme antivax. » Je crois avoir dans mon réseau de bons représentants de ces réfractaires et de ces douteurs. Plusieurs sont médecins et tous sont titulaires d’une maîtrise ou de l’équivalent. Certains sont vaccinés, d’autres pas. Ils sont rigoureux et bien informés. Plutôt que de les ostraciser, notre gouvernement ne devrait-il pas dialoguer avec eux dans le cadre d’un vrai débat public, sans cesser pour autant d’adopter les mesures d’urgence qui s’imposent ?

Hygée et Panacée

Ils ont en commun de souhaiter l’équilibre entre Hygée et Panacée. Comme l’a rappelé René Dubos dans L’homme et l’adaptation, l’histoire de la santé est une oscillation entre ces deux filles d’Asclépios, le dieu grec de la médecine. Hygée représente le pôle préventif, l’hygiène au sens large du terme. Panacée représente le pôle médicament / traitement / médicalisation et, par suite, l’hétéronomie. Hygée est plutôt du côté de l’autonomie, du pouvoir guérisseur de la nature et de ce qu’on appelle aujourd’hui l’approche holistique. Au XIXe siècle, ce sont les hygiénistes — Pettenkoffer, Snow, Nightingale… — qui ont assuré le progrès de la santé publique par leur succès contre les infections d’origine bactérienne.

René Dubos a découvert en 1938 le premier antibiotique, la gramicidine, et il fut l’un de ceux qui, peu après, à l’Institut Rockefeller, ont mis au point la pénicilline, découverte empiriquement par Fleming. Ayant constaté que ce triomphe de Panacée faisait oublier le rôle d’Hygée dans la période antérieure, le même Dubos attira l’attention de ses contemporains sur la toxicité des polluants chimiques et sur les virus. Il fut ainsi l’un des fondateurs du mouvement écologiste contemporain ; c’est grâce à lui que les gaz d’échappement des voitures ont été purifiés. Il a aussi soutenu Rachel Carson dans sa campagne contre le DDT et encouragé la recherche en chronobiologie, cette hygiène du temps. Que penserait-il de ceux qui rêvent de vaccins qui joueraient contre les virus le rôle des antibiotiques contre les bactéries ?

L’essentiel reste à faire dans la lutte contre les nouveaux agents et facteurs à l’origine des allergies comme de bien des cancers, de maladies dégénératives ou virales et même de maladies mentales. Or, l’accent mis sur la vaccination dans la pandémie de COVID-19 montre bien qu’on s’éloigne encore davantage d’Hygée pour se rapprocher de Panacée.

C’est la raison pour laquelle la stratégie de l’immunité par la vaccination a suscité tant de recherches sur les avantages et les inconvénients des vaccins approuvés à la hâte il y a un an. Je ne peux pas dresser ici un bilan de ces recherches — il y en aurait plus de 1000 —, mais j’ai acquis la conviction que plusieurs, parmi celles qui montrent que les actuels vaccins contre les virus de la COVID-19 feront à moyen et à long terme plus de mal que de bien, ne relèvent pas du complotisme. […]

Il reste que, dans l’immédiat, il faut réduire la pression sur les systèmes de santé. D’où une confiance renouvelée dans les vaccins, mais outre qu’il faudrait tenir compte des autres causes du stress des systèmes de santé, il importe aussi de mesurer le coût à long terme d’une immunité assurée par les vaccins par opposition à une immunité naturelle sur laquelle, de toute manière, il faudra peut-être miser en dernière instance, comme Israël semble l’avoir fait en ouvrant ses frontières après avoir renoncé à contrôler la diffusion du variant Omicron, dans une sorte de lâcher-prise à l’échelle d’une nation.

Pouvoir de la nature

J’entendais ce matin à la radio une jeune mère de deux enfants dire qu’elle se résignerait à une vaccination mensuelle pour elle et ses enfants si c’était nécessaire pour vivre normalement. Logiquement, elle devrait aussi s’habituer aux autotests quotidiens. L’humanité atteindrait ainsi un sommet dans l’hétéronomie. On entend heureusement un autre son de cloche, en Grande-Bretagne notamment : s’en remettre au vieux pouvoir diagnostiqueur et guérisseur de la nature, aller travailler quand on se sent capable de le faire, sinon rester à la maison. L’autonomie retrouverait ainsi une juste place à côté de l’hétéronomie envahissante et ruineuse pour les systèmes de santé.

C’est pourquoi il faut donner aux non-vaccinés éclairés le droit à la parole publique avant de leur imposer une amende. Une vérité tronquée est une erreur. En omettant par exemple d’aller publiquement au fond de la question des effets indésirables des vaccins, nos gouvernements tronquent la vérité. Ils la tronquent aussi en reléguant aux oubliettes le problème de la non-vaccination dans les pays pauvres et en s’abstenant de faire état de la controverse sur le sens du mot « vaccin ».

L’autonomie du vivant étant proche de la liberté du citoyen, on comprend qu’il y ait quelques libertariens provocateurs parmi les résistants, mais il ne faut pas en conclure qu’ils sont la majorité ni en faire des criminels alors qu’on ne sait pas toujours distinguer la COVID des grippes saisonnières.

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