Un pas vers l’avenir

L’Université de Montréal aurait pu conserver à son avantage le pavillon 1420 dans le domaine public, fait valoir l'auteur.
Photo: Jacques Grenier L’Université de Montréal aurait pu conserver à son avantage le pavillon 1420 dans le domaine public, fait valoir l'auteur.

L’article de Jean-François Nadeau « Des bâtiments patrimoniaux reconvertis au bénéfice de la communauté », paru dans Le Devoir du 10 janvier dernier, ouvre la porte vers l’avenir. Il présente, d’un côté, la possibilité que la Ville de Longueuil puisse réparer l’affront que l’administration du recteur Guy Breton, de l’Université de Montréal, a infligé à la communauté religieuse des Saints Noms de Jésus et de Marie. De l’autre, il laisse entrevoir comment une bonne gestion du patrimoine religieux peut contribuer à atténuer le réchauffement climatique au Québec.

La communauté des Saints Noms de Jésus et de Marie entend céder à la Ville de Longueuil de vastes bâtiments patrimoniaux afin que cet héritage collectif ne tombe pas entre les mains d’entrepreneurs de projets immobiliers, comme ce fut le cas pour leur maison mère située sur le mont Royal. Ce couvent, adjacent au campus de l’Université de Montréal, fut acquis à un prix de faveur par l’Université en 2003 et devint le pavillon 1420 boulevard Mont-Royal. Mais l’administration suivante, celle du recteur Breton, qui cherchait à développer un complexe des sciences auquel l’architecture de ce couvent ne se prêtait pas, l’a vendu à un promoteur privé pour aller réaliser son projet au campus MIL, situé dans l’ancienne gare de triage d’Outremont.

Or l’Université aurait pu conserver à son avantage le pavillon 1420 dans le domaine public. Pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres, comme le font les universités anglophones canadiennes, l’Université aurait pu louer le 1420 par bail emphytéotique à une entreprise ou, encore mieux, à un organisme sans but lucratif, pour que l’immeuble soit recyclé en complexe résidentiel visant à y loger des étudiants et des professeurs de passage, recyclage d’autant plus souhaitable que l’édifice s’y prêtait fort bien sur le plan architectural et qu’il existe de grands besoins sur le campus à ce niveau. Elle aurait ainsi encaissé des rentes annuelles tout en bénéficiant des avantages d’avoir un tel équipement situé à quelques minutes de marche de la station de métro Édouard-Montpetit et d’une station du REM.

Les conséquences néfastes de la vente au privé de ce pavillon sont bien réelles. D’un côté, elle a affecté la valeur patrimoniale de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal et supprimé la possibilité, comme le souhaitait le maire Coderre, que sa candidature soit acceptée sur la liste indicative des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO. D’un autre côté, avec la lutte contre les changements climatiques, tout le monde convient aujourd’hui qu’il faut promouvoir le plus possible les transports actifs et collectifs. Or il est à craindre que les personnes qui habiteront cet ancien couvent transformé en un immeuble de condos ne préfèrent utiliser leurs voitures plutôt que les transports en commun accessibles en quelques minutes de marche.

Le Québec possède un patrimoine religieux d’une ampleur considérable, unique en son genre au pays, et qui devient de moins en moins utilisé. En prenant comme exemple l’Université Concordia, qui a recyclé à Montréal l’ancien couvent des Sœurs grises en résidence étudiante, on peut avancer que, si ce patrimoine est géré de bonne façon, comme c’est le cas habituellement dans les sociétés de culture anglo-saxonne, il contribuera à enrichir la culture collective et les paysages tout en nous aidant à affronter la crise climatique. C’est à espérer.

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