Les leçons de l’économie comportementale

«Dans l’application, il y a peu de différences entre une obligation vaccinale et l’imposition d’une contribution santé», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Dans l’application, il y a peu de différences entre une obligation vaccinale et l’imposition d’une contribution santé», écrit l'auteur.

Dans une étude souvent citée en économie comportementale, les chercheurs Ury Gneezy et Aldo Rustichini ont collaboré avec une garderie où les parents avaient la fâcheuse habitude d’arriver en retard pour venir chercher leurs enfants.

Afin de régler ce problème de ponctualité, les chercheurs ont décidé d’imposer une amende aux parents retardataires, avec l’hypothèse que l’introduction de frais de retard, toutes choses égales par ailleurs, diminuerait la fréquence des retards. Cependant, à la suite de l’introduction de la pénalité financière, au lieu de diminuer, le nombre de parents en retard a augmenté significativement. Un changement de comportement surprenant.

L’explication de ce comportement inattendu donnée par les chercheurs est qu’en introduisant un prix dans la décision de venir chercher ses enfants à temps ou non, la logique de marché est venue se substituer aux normes sociales existantes. Auparavant, la seule pénalité à laquelle faisaient face les parents en retard était la culpabilité de ne pas respecter la norme sociale d’arriver à l’heure et d’abuser du bon vouloir du personnel de garde.

Cependant, en introduisant une pénalité financière, le fait d’arriver en retard devient alors une décision marchande, à évaluer en fonction des coûts/bénéfices au fait d’arriver en retard et de payer la pénalité. Plusieurs parents ont alors décidé qu’il était économiquement intéressant de payer la pénalité, en retirant de leur réflexion l’impact de cette décision sur le personnel de garde.

Plus surprenant encore, lorsque la garderie a décidé de revenir à la situation initiale et de retirer la pénalité financière, la situation n’est pas revenue à la normale. Au contraire, un nombre encore plus important de parents a commencé à arriver en retard à la garderie. Les normes du marché avaient remplacé les normes sociales précédemment en place et il était impossible de revenir à la situation initiale.

Maintenant, il est évident que si la garderie avait décidé d’imposer une pénalité plus contraignante, elle aurait réussi à diminuer les retards de parents. Cependant, l’introduction d’un prix dans l’équation change la façon dont les individus perçoivent le choix auquel ils font face et les normes qu’ils utilisent pour prendre une décision. Ainsi la mise en place d’un tarif afin de dicter des actions généralement encadrées par les normes sociales peut avoir des conséquences parfois inattendues et contraires aux attentes.

Dans l’application, il y a peu de différences entre une obligation vaccinale et l’imposition d’une contribution santé. Dans le premier cas, les contrevenants devraient vraisemblablement payer une amende salée en cas de non-respect de l’obligation et dans le deuxième, seuls les plus fortunés pourront se permettre de payer la contribution sans changer leur comportement.

Cependant, en incitant à la vaccination des plus récalcitrants par l’imposition d’une contribution santé au lieu d’une obligation vaccinale, le gouvernement change le terrain sur lequel se joue l’adhésion à la stratégie vaccinale. D’une obligation morale et citoyenne, la vaccination devient un simple moyen d’éviter une taxe, une transaction marchande.

Et comme nous l’apprend l’économie comportementale, ce changement de terrain de la norme sociale vers la norme marchande pourrait avoir des effets indésirés sur le comportement des individus. La contribution santé pourrait être efficace chez ceux qui n’ont pas reçu une première dose et qui feront face à une pénalité importante. Cependant, elle pourrait avoir des conséquences inattendues chez ceux à qui il est maintenant demandé de prendre une troisième dose. Non affectés par la contribution santé, ils pourraient être portés à, maintenant, analyser la décision de se faire vacciner d’un point de vue des coûts/bénéfices au lieu du devoir citoyen, et de considérer que cette vaccination supplémentaire ne leur apporte pas suffisamment de bénéfices.

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