La tentation de la répression

«Quand l’État empiète sur les droits dans l’indifférence, l’insouciance généralisée et l’acceptation massive, il faut poser des questions», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Quand l’État empiète sur les droits dans l’indifférence, l’insouciance généralisée et l’acceptation massive, il faut poser des questions», écrit l'auteur.

Pour juguler la pandémie, le gouvernement du Québec a développé l’art de faire avaler les mesures répressives, notamment le couvre-feu et la dernière proposition, une taxe spéciale pour les non-vaccinés. S’appuyant sur le sentiment général de ras-le-bol, le premier ministre Legault fait appel à la majorité, qu’il utilise à sa guise pour justifier ses décisions. Étonnamment, la réaction de la population s’exprime par la soumission, l’indolence, voire l’indifférence, même si personne n’a vraiment démontré l’efficacité de telles pratiques pour contrer les effets négatifs de l’invasion du variant Omicron.

Cette attitude de soumission populaire correspond souvent au désir de sécurité et d’ordre social. Même si le Québec fait cavalier seul dans cette manière de gérer, l’utilisation de la répression est vieille comme le monde pour donner à un chef d’État la stature d’un homme fort capable de résoudre les problèmes et de mettre au pas les récalcitrants qui ne suivent pas la parade.

Pour y arriver, il suffit d’avoir un ennemi de l’intérieur à combattre ; l’histoire en fournit de nombreux exemples (Juifs, étrangers, communistes, syndicalistes, etc.). Dans le cas du Québec, il devient de plus en plus facile pour le premier ministre de bien paraître en justifiant les mesures répressives par le virus et… les anticonformistes, les wokes, les gauchistes, les solidaires et… les personnes non vaccinées. L’opinion publique condamne facilement les gens qui dérangent la quiétude et l’ordre ; lors de la peste, brûler une sorcière inventée sur un bûcher offrait toujours un triste spectacle sur la place publique, au grand plaisir de la foule… et des notables, qui pouvaient regarder ailleurs et poursuivre leur vie à l’abri des critiques.

Une question demeure toutefois : a-t-on vraiment analysé en profondeur d’autres stratégies d’intervention ? A-t-on d’abord entendu les partis d’opposition représentant aussi la voix du peuple ? A-t-on tout tenté des stratégies du côté des entreprises privées ? Pourtant, certaines entreprises ont développé leurs propres initiatives pour inciter leur personnel à se faire vacciner. Pourquoi n’a-t-on pas demandé à toutes les entreprises de promouvoir les tests rapides, voire des séances de vaccination spéciales, sur place ou à proximité ? Les entreprises doivent accorder quelques heures à leur personnel pour aller voter lors d’une journée d’élection, pourquoi ne pas les avoir invitées à faire de même pour aller se faire vacciner, et à revenir au boulot avec une preuve ou le passeport vaccinal ? Quelques entreprises ont indirectement exigé la vaccination en proposant un choix entre le vaccin ou un congé sans solde jusqu’à ce que la personne aille se faire vacciner…

Le premier ministre Legault aime contrôler son message et ses messagers. Il tolère mal la critique, et la méthode forte le sert bien sur le plan de sa popularité en vue d’une prochaine élection. On aime bien sa figure paternaliste et on le laisse aller avec ses mesures plus ou moins discutables, plus politiques que scientifiques. Pourtant, la gestion de la crise ne correspond pas du tout à un concours de popularité. Le résultat est qu’on appuie ses stratégies sans rien dire, bien que le Québec soit loin d’être un premier de classe quant aux résultats concrets et positifs du contrôle de la pandémie, et ce, malgré les mesures répressives et régressives.

Je salue les interventions de la Ligue des droits et libertés et de la Commission des droits et libertés de la personne et des droits de la jeunesse. Le Québec a grandement besoin de balises différentes de celles proposées par le gouvernement. Quand l’État empiète sur les droits dans l’indifférence, l’insouciance généralisée et l’acceptation massive, il faut poser des questions. Aujourd’hui, c’est telle ou telle catégorie de la population qui est visée, demain ce pourrait être n’importe qui en raison d’une caractéristique donnée différente de la majorité, y compris à cause de positions divergentes.

Je ne clame pas ma vérité, mais mon doute.

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