Contre l’imposition d’une contribution financière

«Certaines personnes font certes le choix de ne pas se faire vacciner par croyance ou par conviction, mais nous estimons que de nombreuses personnes ne sont pas vaccinées à cause d’un manque d’accès adapté», écrit l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Certaines personnes font certes le choix de ne pas se faire vacciner par croyance ou par conviction, mais nous estimons que de nombreuses personnes ne sont pas vaccinées à cause d’un manque d’accès adapté», écrit l'autrice.

Devant cette pandémie causée par la COVID-19, Médecins québécois pour le régime public (MQRP) réitère l’importance de la vaccination comme mesure de santé publique. La vaccination est une mesure utile et efficace. Cependant, nous nous devons de dénoncer l’idée d’une contribution financière supplémentaire aux adultes non vaccinés. Cette mesure nous paraît inacceptable comme moyen de gestion de la crise actuelle.

Au moment où la pandémie frappait le Québec, nous constations déjà à quel point le système de santé était à bout de souffle, à la suite de nombreuses années d’austérité et de réformes de centralisation. Les trente dernières années de gestion erratique et de sous-financement chronique public des soins de santé ayant mené aux conditions de travail difficiles pour les soignants, à la pénurie de personnel et aux ruptures de services ne peuvent être un argument pour imposer une telle mesure. Imputer les problèmes actuels du système de santé à la population non vaccinée est un raccourci bien douteux. Autrement dit, un système mieux soutenu arriverait à soigner plus facilement une population avec une couverture vaccinale de 88 %.

Une pente glissante

Nous craignons une pente glissante vers une marchandisation encore plus importante de la santé. Notre modèle de financement de la santé n’est pas basé sur le fardeau des facteurs de risque d’un patient, dont son statut vaccinal, mais sur l’imposition de ses revenus. Ainsi, plusieurs facteurs rendent les gens à risque de se retrouver malades et de devoir être soignés dans le système de santé public — sédentarité, usage de substance, etc.

Ceux-ci sont souvent perçus comme de mauvais choix individuels, alors que derrière se cachent des structures sociales complexes. Demander une « contribution santé » selon ce facteur de risque ouvre la porte à des initiatives de cet acabit et invite possiblement l’assurance privée et son modèle lucratif dans les soins de santé. Pour avoir des services publics forts, les gouvernements mettent en place une fiscalité progressive à la hauteur de leurs missions publiques. Ces revenus ne devraient être utilisés qu’au service de l’intérêt public et du bien commun. La médecine n’est pas une relation d’affaires, c’est une relation humaine.

Par ailleurs, qui sont les non-vaccinés ? Avons-nous bien rejoint ce sous-groupe de la population, qui est tout sauf homogène ? Certaines personnes font certes le choix de ne pas se faire vacciner par croyance ou par conviction, mais nous estimons que de nombreuses personnes ne sont pas vaccinées à cause d’un manque d’accès adapté. Par exemple, la sensibilisation et l’éducation dans certains milieux ne sont pas optimales en raison du manque de ressources y étant consacrées et de l’adaptation de celles-ci. Les services sont aussi limités pour rejoindre les populations les plus défavorisées : les personnes en situation d’itinérance, les gens âgés à mobilité réduite, ceux issus de l’immigration et ne maîtrisant pas l’une des langues officielles, ceux n’ayant pas accès à Internet, ceux qui ont des problèmes de santé mentale, ceux qui souffrent de troubles cognitifs, qui sont analphabètes ou qui sont en perte d’autonomie, etc. Le virage ambulatoire amorcé dans les années 1990 n’a pas été accompagné d’un financement et d’un soutien suffisants pour les soins prodigués en dehors des hôpitaux. L’universalité et l’équité d’accès aux soins se sont effritées rapidement, et nous en subissons aujourd’hui les répercussions négatives.

Enfin, quelles que soient les raisons qui sous-tendent le refus vaccinal d’une petite partie de la population, et qu’importe que nous tenions pour justes ou non ces raisons, nous croyons qu’imposer à cette population un fardeau financier comme mesure punitive est discriminatoire, injuste et créerait un précédent périlleux.

La solution de la crise actuelle n’est pas une taxation supplémentaire d’un sous-groupe de la population, mais une réforme approfondie de notre système de santé et une valorisation des services publics. Nous rappelons au gouvernement que la lutte contre la pandémie vise un virus, et non nos concitoyens, et que devant ce virus nous ne sommes pas tous égaux.

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