L’électoralisme décomplexé du gouvernement Legault

«Au moment de l’élection de la CAQ, plusieurs craignaient que le parti se situe résolument à droite dans son rapport au rôle de l’État québécois», affirme l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Au moment de l’élection de la CAQ, plusieurs craignaient que le parti se situe résolument à droite dans son rapport au rôle de l’État québécois», affirme l'auteur.

Comment qualifier la position politique de la Coalition avenir Québec ? Nationalisme de centre droit ? Populisme ? La CAQ est plutôt un parti électoraliste, qui cherche simplement à proposer les politiques les plus proches possibles des préférences de l’électeur québécois moyen.

Sur les trois clivages principaux de la politique québécoise, l’opposition gauche-droite entre l’État et le marché, la division identitaire et l’axe souverainisme-fédéralisme, la CAQ choisit systématiquement la position la plus courante. Ce n’est pas le cas des autres partis du Québec, qui doivent concilier les volontés de leur base militante et celles de l’électeur moyen.

Au moment de l’élection de la CAQ, plusieurs craignaient que le parti se situe résolument à droite dans son rapport au rôle de l’État québécois. Or, après des années d’austérité budgétaire imposée par le gouvernement Couillard, différents sondages montrent qu’une majorité de Québécois préfère une hausse des dépenses publiques à une baisse des impôts. Avant la crise sanitaire, le gouvernement Legault avait augmenté considérablement les dépenses sociales, surtout en éducation et en santé. Celles-ci s’accroissent encore plus rapidement depuis.

Le taux de prélèvements obligatoires, qui mesure le total des taxes et impôts payés par rapport à la taille de l’économie, a légèrement augmenté pendant les deux premières années du gouvernement caquiste, même si la taxe scolaire a été réduite. Cela s’explique par la hausse des cotisations au Régime des rentes du Québec et par la croissance du revenu des particuliers. Les « vrais » partis de droite des autres provinces auraient certainement diminué les impôts plutôt que d’augmenter les dépenses, surtout lors d’une période de forte croissance économique comme en 2018-2019.

Sur l’axe identitaire, qu’on l’aime ou non, la loi 21 est au diapason de l’opinion de la majorité, tout comme la loi 96. Imposer la loi 101 au cégep aurait certainement mieux contribué à préserver le français, mais la CAQ a préféré ne pas bousculer l’électeur francophone moyen, qui veut avoir accès au cégep de son choix. Bien que la souveraineté ne soit plus à l’ordre du jour, l’électeur moyen veut un Québec autonome dans une fédération décentralisée, mais qui ne pose pas de gestes de rupture fondamentaux avec le Canada.

La CAQ peut se permettre cet électoralisme à tout cran parce que le parti est la création de son chef. Ainsi, les députés caquistes doivent leur élection à la popularité de François Legault plus qu’à leur propre notoriété, alors que la base militante du parti demeure petite et idéologiquement fragmentée. Le chef et ses conseillers peuvent donc décider des politiques à implanter au gré des sondages.

Les autres partis

Contrairement à la CAQ, les autres partis doivent arbitrer entre les préférences de leur base militante et celles de l’électeur moyen. Québec solidaire doit concilier les politiques très à gauche proposées par sa base et les préférences de l’électeur moyen hors de Montréal. À travers son histoire, le Parti québécois a toujours subi cette tension entre les électeurs voulant un « Québec fort dans un Canada uni » et les membres du parti qui proposent la tenue d’un référendum dans un premier mandat.

Finalement, le Parti libéral du Québec est traditionnellement le parti véhiculant les intérêts de l’élite économique et doit satisfaire une base électorale regroupant les minorités anglophone et allophones. Rarement a-t-on vu un gouvernement québécois aussi déconnecté des préférences de la majorité que celui de Philippe Couillard. L’imposition de mesures draconiennes d’austérité budgétaire, le fédéralisme décomplexé et l’indifférence du gouvernement Couillard quant à l’avenir du français étaient indigestes pour la plupart des électeurs francophones, ce qui a entraîné la pire défaite de l’histoire récente du parti.

Électoralisme et populisme

Contrairement à ce que plusieurs affirment, cette gouvernance au gré des sondages n’est pas du populisme pur et dur. Selon le spécialiste du populisme Cas Mudde, ce courant politique sépare la société en deux groupes homogènes et antagonistes : le bon peuple et les élites corrompues et déconnectées. Au contraire, François Legault se présente comme un héritier de la Révolution tranquille et du Québec inc. qui pratique une « gauche efficace ». Il faut toutefois admettre que le gouvernement Legault sombre parfois dans le nativisme, une caractéristique des partis populistes, en opposant les Québécois de souche aux immigrants.

Si les droits des minorités sont protégés, cette gouvernance électoraliste peut être louable puisque les politiques publiques s’approchent de la volonté du plus grand nombre. Toutefois, l’électoralisme peut entraîner des dérives. Il semble en effet que la gestion de la pandémie soit plus politisée au Québec que dans d’autres pays et régions du monde, puisqu’on écarte certaines recommandations scientifiques en fonction de sondages. Ce faisant, on conserve certes l’adhésion de la population aux mesures sanitaires, mais on maintient surtout la popularité du gouvernement Legault, malgré les erreurs.

 

À voir en vidéo