Des centres de soins COVID régionaux sont nécessaires

«Les centres de soins consacrés à une pathologie n’ont rien de nouveau et sont une pratique courante dans les opérations humanitaires internationales en cas d’épidémie ou de pandémie. L’objectif est d’éviter de nuire au maximum à l’offre de soins normale des hôpitaux», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Les centres de soins consacrés à une pathologie n’ont rien de nouveau et sont une pratique courante dans les opérations humanitaires internationales en cas d’épidémie ou de pandémie. L’objectif est d’éviter de nuire au maximum à l’offre de soins normale des hôpitaux», écrit l'auteur.

Il y a huit mois, j’écrivais dans ces colonnes le « scénario » que nous vivons aujourd’hui : « Avec la doctrine actuelle, que se passera-t-il si les vaccins ne fonctionnent pas autant qu’espéré, si une flambée importante du nombre de cas se produit ou bien si un nouveau virus à peine deux fois plus létal que la COVID-19 apparaît en 2022 ? Étant donné qu’il n’y a aucune marge de manœuvre, ce sera malheureusement exactement le même scénario de submersion des capacités hospitalières régulières qui conduira à la réduction de l’offre de diagnostics et de soins médicaux, à la privation de liberté et d’activité économique. »

Le cancer est vingt fois plus létal que la COVID. Pourtant, les diagnostics de cancers ont été réduits de 30 % en 2020. S’il y avait eu trois fois plus de patients COVID, aurions-nous réduit les diagnostics de cancers de 90 % et multiplié le délestage et l’annulation des chirurgies par trois ? Allons-nous attendre passivement que nos hôpitaux se transforment progressivement en centres de soins COVID au détriment des autres pathologies ? À partir de quel seuil y aura-t-il un changement de stratégie ? Il est incohérent de restreindre la liberté de la population sans faire en parallèle le maximum pour augmenter la capacité de soigner le plus de patients possible. La liberté de la population ne peut pas être la seule variable d’ajustement pour affronter cette pandémie. La stratégie actuelle consiste à espérer le meilleur sans se préparer au pire. Mais l’espoir n’est assurément pas une bonne stratégie. Une bonne stratégie est de se préparer au pire en espérant le meilleur.

Des ressources cannibalisées

La pandémie ne présente pas un fort taux de létalité, mais une fluctuation irrégulière du nombre de patients qui surcharge les capacités courantes des hôpitaux, en grande majorité pour des soins non intensifs. On fait tourner le « programme hôpital plus vite » alors qu’il faudrait changer de programme, car l’hôpital n’est pas conçu pour gérer une pandémie. Le délestage consiste en fait à cannibaliser les ressources hospitalières ordinaires au détriment des patients atteints de nombreuses autres pathologies autant, voire plus létales que la COVID. Un rapport de l’OMS datant de mars 2020 explique que « la construction d’un centre de traitement des infections respiratoires aiguës sévères est indiquée lorsque le nombre de cas dépasse la capacité du système de santé […] ».

Nous en sommes bien là depuis de nombreux mois puisqu’à la moindre augmentation du nombre d’hospitalisations, le gouvernement fait du délestage et restreint la liberté de la population, entraînant paradoxalement des conséquences graves sur sa santé physique et mentale, tous âges confondus. Les centres de soins consacrés à une pathologie n’ont rien de nouveau et sont une pratique courante dans les opérations humanitaires internationales en cas d’épidémie ou de pandémie. L’objectif est d’éviter de nuire au maximum à l’offre de soins normale des hôpitaux.

La pénurie de personnel médical est une réalité qui justifie d’autant plus la nécessité de maximiser l’efficacité de la gestion médicale de la pandémie. Ces centres de soins COVID régionaux amélioreraient cette efficacité. Ils pourraient être gérés par les forces armées canadiennes médicales et logistiques, avec l’appui du personnel médical civil du public et du privé. Et une proportion importante de ces soignants devrait être formée proactivement à gérer des patients COVID. Si cela devenait nécessaire, ils seraient une force de frappe, déjà opérationnelle, pour prêter main-forte à leurs collègues en première ligne.

De la marge de manœuvre

Ces centres de soins COVID régionaux de plusieurs centaines de lits chacun permettraient de créer cette véritable marge de manœuvre qui fait défaut. Et, même lorsque le nombre de cas retombera, il sera important de garder ces infrastructures en veille, prêtes à être réactivées très rapidement au besoin. Plusieurs pays, comme la Chine, les États-Unis, le Maroc, les Philippines ou la Thaïlande, ont ouvert des centres de soins destinés à la COVID.

Ce changement de stratégie donnerait au gouvernement une marge de manœuvre pour : moins souffrir des fluctuations du nombre de cas et des hospitalisations ; minimiser le délestage qui cannibalise l’offre de soins normale des hôpitaux ; offrir pleinement et durablement les diagnostics de cancers et les chirurgies ; réduire durablement les restrictions de la liberté et de l’activité économique ; améliorer en temps réel la stratégie et les tactiques pour gérer les flambées de cas.

Il s’agit d’accepter la présence de la COVID, de vivre avec elle tout en la combattant, aussi longtemps que durera cette pandémie. Nous devons apprendre de cette pandémie et en sortir mieux préparés et outillés pour affronter de possibles variants plus létaux ou une nouvelle pandémie.

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