Le vivre-ensemble au Québec: faire plus et faire mieux

Il faut s’appuyer sur les parents issus de l’immigration pour transmettre à leurs enfants le sentiment de fierté de faire partie de la grande famille québécoise, suggère l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Il faut s’appuyer sur les parents issus de l’immigration pour transmettre à leurs enfants le sentiment de fierté de faire partie de la grande famille québécoise, suggère l'auteur.

L’année 2021 se termine sur une note amère en ce qui concerne la question du vivre-ensemble : d’un côté, celles et ceux qui critiquent vigoureusement les lois du Québec, et de l’autre, celles et ceux qui sont tannés de se faire traiter de tous les noms, notamment d’être racistes.

De part et d’autre, consciemment ou inconsciemment, on peut prendre plaisir à « jouer » dans ce film social des insultes et des remontrances, mais avouons que cette dépendance ne pourra entraîner rien de bon ni pour notre santé mentale ni pour la paix sociale dont le Québec a besoin pour avancer.

Les chiffres sont têtus, la population du Québec vieillit à une vitesse exponentielle. C’est écrit dans le ciel, l’histoire des 400 prochaines années va s’écrire avec les Québécois de toutes origines. Tôt ou tard, il faut l’accepter collectivement et travailler ensemble pour que ce territoire continue à offrir à des gens venus de partout dans le monde une terre d’ancrage, de sécurité et de possibilités.

On doit se réjouir des avancées des dernières décennies, mais il reste beaucoup de travail à faire. J’aimerais soulever ici trois enjeux fondamentaux : la course aux talents, les mesures d’accueil et d’intégration et le sentiment d’appartenance à la société québécoise.

La pandémie de COVID-19 est venue exacerber la course aux talents que se livrent tous les pays de la planète. Le Québec n’y échappe pas et un échec en la matière aura des conséquences désastreuses sur nos services publics et notre qualité de vie. Les réformes comme celle du Programme d’expérience québécoise et le fait que le Québec partage cette compétence avec le gouvernement fédéral jouent parfois contre nous. Les chiffres ne sont pas compilés, mais plusieurs talents nous échappent à cause de cette double bureaucratie, des retards et des coûts imposés aux immigrants potentiels. La dernière histoire est celle des étudiants africains francophones refusés par Immigration Canada. Le ménage s’impose à Québec et à Ottawa pour rendre nos politiques d’immigration plus simples et plus attractives.

Beaucoup d’encre et de salive ont coulé sur la question de l’accueil et de l’intégration des immigrants. J’aimerais souligner que le Québec fait déjà beaucoup en la matière, mais je ne m’empêcherai pas de cogner encore sur trois clous : la reconnaissance des diplômes et des compétences, notamment par les ordres professionnels, le recours aux institutions publiques et privées pour offrir aux nouveaux arrivants une première expérience de travail en sol québécois ainsi que la régionalisation effective de l’immigration. L’investissement récent de 130 M$ pour la reconnaissance des diplômes et des compétences est une excellente nouvelle. Toutefois, il faudra faire plus et faire mieux pour relever collectivement le défi de l’accueil et de l’intégration des immigrants.

En mars 2021, une thèse de doctorat concluait que des jeunes de deuxième génération d’origine africaine ne se sentaient pas Québécois. Au-delà des chiffres analysés (21 personnes âgées entre 18 et 33 ans) qu’on peut remettre en question, quiconque côtoie la jeunesse des différentes communautés sait que le sentiment d’appartenance à la société québécoise est un enjeu auquel il faut s’attaquer maintenant, car il y va de l’avenir du Québec. C’est une responsabilité partagée entre l’État, les institutions publiques et privées et les familles de ces jeunes. En gros, il faut réussir la mise en œuvre des mesures du Groupe d’action contre le racisme, mettre en place des initiatives favorisant la pleine participation à la vie publique des jeunes issues de l’immigration et finalement s’appuyer sur les parents issus de l’immigration pour transmettre à leurs enfants le sentiment de fierté de faire partie de la grande famille québécoise. Je sais que c’est un projet ambitieux, mais nous devons le réussir.

En terminant, j’aimerais souligner l’élection, en 2021, de plusieurs jeunes politiciennes et politiciens d’origines diverses, non seulement à Montréal, mais aussi ailleurs au Québec. Les résultats de ces élections municipales sont la preuve que le Québec avance tranquillement dans la bonne direction et qu’en misant sur ce qui nous unit, on va relever avec brio les nombreux défis du vivre-ensemble.

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