Chrystia Freeland au service de l’empire

Chrystia Freeland et Justin Trudeau, lors d'une conférence de presse le 18 août 2020, à Ottawa
Photo: Dave Chan Agence France-Presse Chrystia Freeland et Justin Trudeau, lors d'une conférence de presse le 18 août 2020, à Ottawa

Dans son dernier livre, Mes nouvelles histoires (Les éditions La Presse), Jean Chrétien rend Chrystia Freeland responsable de la détérioration des relations entre la Chine et le Canada par suite de l’affaire Meng Wanzhou.

Dès l’arrestation de celle-ci, le 1er décembre 2018, Chrétien nous dit que son « téléphone ne dérougit pas, et je réalise que la situation est très grave. On me demande d’intervenir, car il est possible que le tout devienne catastrophique pour beaucoup de monde ». Chrétien fait référence aux milieux d’affaires canadiens qui ont d’importants intérêts en Chine.

Il joint au téléphone Gerry Butts, le chef de cabinet de Justin Trudeau. « Il m’écoute très gentiment et me dit de ne pas m’inquiéter, qu’il va regarder ça lundi et qu’il me rappellera. J’attends encore son appel, et je suis décontenancé par tant de désinvolture. »

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un texte paru dans la revue L’aut’journal, décembre 2021-janvier 2022, nº 402.

Quelques jours plus tard, il se trouve dans le même avion que la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland. « Nous avons l’occasion d’échanger pendant plus d’une heure. Elle me demande de lui communiquer toute suggestion qui pourrait aider le gouvernement. » Chrétien se met à la tâche avec son ami Eddie Goldenberg. « Nous n’avons même pas reçu un accusé de réception. Même silence à propos d’une demande de nouvelle rencontre avec celle-ci. »

Après quelques jours, il joint de nouveau Justin Trudeau, qui lui signifie que son gouvernement « allait respecter la règle de droit et n’accepterait jamais le chantage des Chinois avec l’arrestation des deux Michael » et qu’« il en faisait une question de principe, sans égard aux conséquences. Il tiendrait tête aux Chinois, car il était un vrai défenseur des droits de la personne, etc. ».

Chrétien se sent visé : « En raccrochant, j’étais tout simplement abasourdi. Ainsi, le père de Justin Trudeau et moi, pendant les vingt années où nous avons entretenu des relations avec la Chine, nous n’aurions pas eu de principes et nous n’aurions pas agi comme des défenseurs des droits de la personne ? »

L’affaire n’en reste pas là. « Une personnalité chinoise très importante » le contacte, sollicitant son aide pour sortir de l’impasse. Il élabore trois scénarios possibles en insistant sur le fait que le problème est politique et non juridique. Mais, rapidement, il réalise où cela bloque.

« Je comprends le dilemme du premier ministre, car il est coincé entre mon avis et celui de Mme Freeland et d’une faible majorité de ses autres conseillers. Or, l’avis de sa ministre des Affaires étrangères est complètement inconciliable avec le mien. »

La conséquence de l’obstination de Mme Freeland a conduit, souligne Chrétien, en la perte de centaines de millions de dollars aux fermiers de tout le pays, au gel des relations dans les milieux d’affaires et à un froid diplomatique.

La Russie

Dans le premier tome de ses Mémoires — Mes histoires (Les Éditions La Presse) —, Chrétien déplorait l’attitude agressive des gouvernements Harper et Trudeau à l’égard de la Russie. Même constat de Jocelyn Coulon dans son livre Un selfie avec Justin Trudeau (Québec Amérique). L’ancien conseiller politique du ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion attribue la politique belliqueuse du Canada à l’endroit de la Russie au lobby ukrainien et, plus particulièrement, à la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, elle-même d’origine ukrainienne.

Jocelyn Coulon raconte qu’« à l’époque où Dion est aux Affaires étrangères, Freeland occupe les fonctions de ministre du Commerce international. Elle est parmi les Canadiens interdits de séjour en Russie après l’adoption par Moscou de sanctions contre le pays en représailles aux sanctions canadiennes imposées après l’attaque russe contre l’Ukraine. Freeland dépense une énergie considérable à approfondir les relations avec l’Ukraine et à bloquer toutes les initiatives de son collègue en faveur d’une meilleure relation avec la Russie ».

Coulon relate que, lors d’une réunion entre Trudeau, Dion et Freeland pour déterminer la position du Canada à l’égard de la Russie, « Freeland s’oppose à tout réchauffement avec la Russie » et que « Trudeau, hésitant et incapable de préciser sa pensée sur les relations canado-russes, se range derrière elle ».

Bien plus, après le congédiement de Dion, la ministre Freeland, qui hérite de son ministère, prend, raconte Coulon, « un malin plaisir à décrire la Russie comme l’épouvantail numéro un sur la scène internationale », allant jusqu’à mettre « sur un pied d’égalité les terroristes de l’État islamique et la Russie ».

Jocelyn Coulon et Jean Chrétien soulignent un fait fondamental à propos de nos relations avec la Russie : l’Arctique. « Près de 50 % du Nord se trouve en Russie et environ 25 % au Canada. À nous deux, nous contrôlons 75 % du Nord », écrit Coulon.

Chrétien renchérit : « Les Russes sont de facto nos plus puissants alliés », dans la bataille pour la reconnaissance de nos droits dans l’Arctique. Un coup d’œil sur une carte géographique permet de constater que le Québec est la principale province arctique du Canada. La politique hostile de la ministre Freeland à l’égard de la Russie va donc à l’encontre des intérêts du Canada, du Québec et des peuples autochtones.

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