Saint-Michel délaissé

«On pleure devant le manque de services et de lieux pour les jeunes, mais force est de constater que doter Saint-Michel d’équipements culturels de qualité n’est pas une priorité pour les élus», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «On pleure devant le manque de services et de lieux pour les jeunes, mais force est de constater que doter Saint-Michel d’équipements culturels de qualité n’est pas une priorité pour les élus», écrit l'auteur.

Le vendredi 10 décembre, Le Devoir titrait en une « Un enseignant poignardé par un élève dans Saint-Michel ». Le jour même et le lendemain, nous avons eu droit au défilé de nos élus devant les médias. Tous les ordres de gouvernement confondus ont exprimé leur stupeur et leur consternation devant cet autre acte de violence. Un de plus, diront certains, dans une liste qui est déjà trop longue. Pour remédier à la situation et pour rassurer la population, on nous promet plus de policiers, plus de travailleurs de rue. Ces gestes, aussi louables ou pertinents soient-ils, ne doivent pas dédouaner nos élus de leurs responsabilités et de leurs obligations. Et au nombre de celles-ci, il y a l’urgence de doter ce quartier — et d’autres dans l’est de Montréal — d’équipements culturels de qualité. Je pourrais ajouter la question du logement et du revenu des ménages, mais là n’est pas mon propos.

La partie nord du quartier Saint-Michel, celle qui est enclavée entre l’autoroute Métropolitaine au sud, la voie ferrée au nord et deux anciennes carrières à l’est et à l’ouest, attend depuis des décennies une bibliothèque publique digne de ce nom. La bibliothèque existante — qui est trop petite en regard des besoins du quartier — est située au sud de l’autoroute Métropolitaine, et donc difficile d’accès pour les citoyens de la partie nord du quartier, qui doivent traverser l’autoroute pour s’y rendre. Cette même situation est vécue par les résidents d’une autre enclave à Saint-Michel, celle-là située à l’est du boulevard Pie IX, entre la même autoroute et la même voie ferrée.

Pour ce qui est de la maison de la culture, n’en parlons même pas, car il n’y en a pas dans Saint-Michel. À défaut, une entente de partenariat entre l’arrondissement et la Tohu (un OBNL du quartier) vient, en partie, combler l’absence d’un équipement culturel public dans ce quartier. L’école secondaire — publique — Joseph-François-Perrault est l’une des rares étoiles qui brillent dans ce quartier. Son programme de musique est connu et reconnu, malgré cela, cette école attend encore et toujours la construction de sa salle de concert afin d’offrir à ses élèves (et au quartier) un espace de diffusion à la hauteur de leur talent et de leur renommée.

Que ce soit pour la bibliothèque, la maison de la culture ou la salle de concert, les projets sont là et traînent depuis des années, voire des décennies. Ils attendent que quelqu’un, quelque part, dise oui. Qu’il s’agisse de l’arrondissement, de la ville centre, du centre de services scolaire ou des ministères provinciaux concernés, tous semblent avoir une bonne raison de reporter ce qui aurait dû être fait hier. Il est vrai que la population de Saint-Michel (ou de Montréal-Nord, ou de Rivière-des-Prairies) n’a pas le même poids politique ou économique que celle de certains arrondissements ou de certaines municipalités.

On pleure devant le manque de services et de lieux pour les jeunes, mais force est de constater que doter Saint-Michel d’équipements culturels de qualité n’est pas une priorité pour les élus. Mais, n’ayons crainte, pendant que cette partie de ping-pong politico-administratif se déroule, la rue est là, elle, pour combler ce vide. En attendant, on va au plus simple et au plus court, on met sur le terrain plus de policiers et d’intervenants sociocommunautaires.

Les jours gris comme aujourd’hui, j’en arrive à penser que ces investissements se réaliseront bel et bien un jour, probablement quand la population actuelle aura été remplacée par une autre plus instruite et plus riche. À ce sujet, je nous invite tous à réécouter attentivement une chanson de Plume Latraverse intitulée Les pauvres. Même si elle a été écrite il y a plus de 40 ans, et qu’elle nécessiterait, peut-être, quelques modifications terminologiques pour être au goût du jour, elle est malheureusement encore et toujours d’actualité pour nous aider à comprendre la lenteur de certains projets dans un quartier comme celui de Saint-Michel.

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