Il faut mieux financer les organismes

«Le savoir-faire, l’expérience, le talent et l’engagement de nos employés sont précieux et nous ne pouvons pas nous permettre de les perdre», fait valoir l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Le savoir-faire, l’expérience, le talent et l’engagement de nos employés sont précieux et nous ne pouvons pas nous permettre de les perdre», fait valoir l'auteur.

Lettre adressée à Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Les conseils d’administration des centres d’aide et autres OBNL en partie financés par votre ministère font face à une grave crise à laquelle vous devez vous intéresser de toute urgence. Cette crise ne peut pas être réglée dans un an ou dans six mois, vous devez y trouver un remède maintenant. Le problème est simple, et la solution l’est tout autant : les OBNL, centres communautaires et autres organismes de charité financés par le ministère de la Famille sont à risque de perdre leurs employées de par la trop grande concurrence que leur livrent dorénavant les entreprises privées sur le marché de l’emploi.

Une pression inflationniste

 

Tous les jours, nous entendons de la part de nos employés qu’ils sont tentés d’aller voir ailleurs, parce qu’ils pourraient y accepter un emploi bien mieux rémunéré. Les récentes décisions du gouvernement fédéral et du gouvernement provincial dans la foulée de la pandémie avaient certes bien des mérites, et les aides d’urgence reçues ont été fortement appréciées, mais l’ensemble de ces mesures ont créé une énorme pression inflationniste sur les salaires qui rend strictement impossible pour les conseils d’administration de nos organismes d’offrir aux employés des conditions salariales compétitives. Nos employés ne veulent pas nous quitter, mais l’inflation rendra à court terme impossible pour eux de faire autrement.

Services et aides ponctuelles

 

Si vous devez agir immédiatement, ce n’est pas seulement parce que nos employés méritent un salaire leur permettant de vivre une vie décente, mais parce que leur départ porterait un coup fatal non seulement aux OBNL, mais surtout aux centaines de milliers de Québécoises et de Québécois de tous les horizons qui tous les jours reçoivent de ceux-ci mille et un services et aides ponctuelles qui ne sont nulle part comptabilisés, mais qui contribuent fortement à rendre plus humaine notre nation. L’organisme dont je préside le conseil d’administration n’est qu’un exemple parmi des centaines, mais grâce à lui des jeunes d’un milieu défavorisé de l’île de Hull font des activités sportives tous les week-ends, profitent de l’aide aux devoirs, voient leur quartier animé par des fêtes de quartier, s’initient à la lecture avant l’entrée à l’école, apprennent à jardiner, cuisiner, découvrent les joies de la cabane à sucre, s’amusent à nos camps d’été, parmi des dizaines d’autres activités.

Des salariés indispensables

 

Le savoir-faire, l’expérience, le talent et l’engagement de nos employés sont précieux et nous ne pouvons pas nous permettre de les perdre. Les salariés des centres communautaires et des organismes de charité sont indispensables. Ils ont un réel effet dans le quotidien des personnes qui ont le plus besoin de notre solidarité. Perdre ces employés sera fatal à nos organismes, et les départs ont déjà commencé. Pour pallier ce problème, nous tentons depuis des années d’augmenter nos revenus en dons, mais il est très difficile de convaincre des donateurs de nous aider à payer les salaires de nos employés.

La véritable solution est simple et à portée de main : vous devez augmenter dès maintenant et de manière substantielle les subventions au financement de la mission des organismes communautaires. Vous pouvez obliger les OBNL qui reçoivent de l’argent de votre ministère à consacrer les nouvelles sommes ainsi allouées à l’augmentation des salaires des employés. Mais cette décision ne peut pas être repoussée. C’est la pérennité d’un vaste réseau de solidarité, qui fonctionne depuis si longtemps à l’ombre de notre richesse collective, et porté à bout de bras par des femmes et des hommes admirables, qui est en jeu. Les employés des ONBL dont la mission est financée par votre ministère se dévouent corps et âme à s’occuper de leurs semblables. Il est temps, Monsieur le Ministre, de leur offrir un salaire à la hauteur de la gratitude que nous leur devons collectivement.

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