Agir sur l’offre ou sur la demande pour les GES

«Pour que les actions sur l’offre aient des répercussions, il faudrait que tous les pays réduisent leur production simultanément», écrivent les auteurs.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse «Pour que les actions sur l’offre aient des répercussions, il faudrait que tous les pays réduisent leur production simultanément», écrivent les auteurs.

Pour combattre les changements climatiques, on nous dit qu’il faut modifier nos comportements en réduisant notre consommation d’énergies fossiles. Cela est bien, mais les efforts les plus intenses des gouvernements, des fonds d’investissement et des militants environnementalistes tendent à porter plus sur la production et l’exportation de ces énergies que sur leur consommation. Ainsi, il faut arrêter d’investir tout de suite dans les nouveaux projets de production, mais on est beaucoup moins catégorique du côté de la consommation ; on est prêt à faire des efforts à condition qu’ils soient graduels et qu’ils ne coûtent pas trop cher. Autrement dit, pour réduire les émissions de GES, on préfère agir sur l’offre que sur la demande. Il y a trois problèmes importants avec cette stratégie : elle découle d’une mauvaise analyse économique, elle est moralement discutable et elle est inefficace.

Pour réduire les émissions de GES, on peut décider de produire moins de pétrole et de gaz, c’est-à-dire fermer les robinets, étouffer le marché jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’énergies fossiles. Mais en faisant cela, les consommateurs vont se retrouver face à des réservoirs vides ou à des prix exorbitants. Ce n’est pas cela que l’on veut. Au contraire, les gens se plaignent aussitôt que le prix de l’essence augmente et ils ne veulent pas voir de files d’attente devant les stations-service. Agir principalement sur l’offre n’amène pas le résultat que l’on veut. Une analyse économique élémentaire nous dit que si on réduit la production, il va y avoir pénurie et les prix vont augmenter.

Et c’est là que les actions que l’on propose sont moralement discutables. Toute la production que l’on cherche à bloquer s’applique à des projets d’exportation destinés à approvisionner d’autres pays et non pas à ce que nous consommons nous-mêmes.

Autrement dit, notre principale contribution à la réduction des émissions de GES consiste en des initiatives qui visent à empêcher les autres de consommer des énergies fossiles, mais pas nous. Ce n’est pas très glorieux. Cela d’autant plus qu’il y a beaucoup d’inégalités dans la consommation d’énergie à travers le monde et que nous sommes les plus riches. Sur une base par habitant, la consommation d’énergie des Canadiens est au moins dix fois plus élevée que celle des pays les plus pauvres. Et nous voulons réduire encore plus la consommation de ces pays en refusant de leur envoyer du gaz et du pétrole. Par exemple, deux pipelines principaux acheminent le pétrole des sables bitumineux : celui de Trans Mountain vers l’Asie et celui d’Enbridge vers le Québec et l’Ontario. Tous les militants environnementalistes s’opposent au premier pipeline, mais on n’a vu personne au Québec descendre dans la rue pour réclamer la fermeture du deuxième, c’est-à-dire celui qui amène le pétrole dans nos voitures. N’y a-t-il pas une certaine hypocrisie dans ce comportement ?

Enfin, cette opposition aux projets d’exportation risque d’être inefficace relativement à l’objectif de réduction des émissions de GES. C’est que le Canada n’est qu’un joueur parmi plusieurs sur le marché international. Si nous ne vendons pas d’hydrocarbures aux étrangers, les Russes, les Arabes ou les Iraniens vont le faire et nous ne serons pas plus avancés. C’est ce qui va probablement arriver suite à l’abandon du projet GNL. Et si jamais on fermait le pipeline Enbridge, nous pourrions nous aussi acheter du pétrole de ces pays. Pour que les actions sur l’offre aient des répercussions, il faudrait que tous les pays réduisent leur production simultanément. Mais à ce moment-là, nous devrions accepter de vivre avec des pénuries et des prix élevés.

Cette insistance sur les projets d’exportation nous aide à nous déresponsabiliser en tant que consommateurs et à jeter le blâme sur les producteurs qui sont une cible facile. En définitive, seuls des projets de réduction de la demande partout à travers le monde auront un effet sur l’objectif visé, mais ils sont beaucoup plus exigeants en termes de changements de comportements.

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