Par où commencer avec l’hydrogène vert

«Le marché de l’hydrogène de masse est un marché de proximité, et non pas international», écrit l'auteur.
Photo: Nikola Motor Agence France-Presse «Le marché de l’hydrogène de masse est un marché de proximité, et non pas international», écrit l'auteur.

L’hydrogène vert est l’expression du jour pour faire du marketing en faveur de la carboneutralité. François Legault veut y consacrer une société d’État. Dominique Anglade, la cheffe libérale, promet de nationaliser le produit. De toutes parts, on nous dit qu’il ne faut pas manquer le bateau. Sans action immédiate, l’Allemagne, l’Australie, l’Alberta et bien d’autres régions et pays du monde vont nous damer le pion.

Ça mérite une parenthèse et quelques précisions. Le gâteau potentiel de l’hydrogène génère de l’enthousiasme périodique au Québec depuis la fondation du ministère de l’Énergie, en 1976. Les axes de recherche dans le développement de piles à combustible et du stockage à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et à l’Université du Québec à Trois-Rivières font partie des retombées de l’engouement pour cette petite molécule. Que peut-on faire de plus ?

Un, qui peut produire de l’hydrogène vert en grande quantité ? Certainement pas les pays qui peinent à convertir leur production d’électricité vers des énergies renouvelables. Au mieux, ils produiront de l’hydrogène bleu provenant du reformage du gaz naturel et du stockage du CO2 résultant. À partir du moment où le marché de l’hydrogène vert détrônera celui du bleu, cause climatique oblige, le Québec aura un avantage éhonté sur au moins trois plans : son réseau électrique basé sur des ressources renouvelables, le transport maritime accessible et la demande du secteur industriel.

Deux, peut-on transporter et distribuer l’hydrogène partout sur la planète comme le pétrole ? La petite molécule d’hydrogène a le grand défaut de se diffuser rapidement à travers les matériaux de base. Sans réservoirs faits de composites complexes et coûteux, il est impossible de l’empêcher de s’évader. Dans un véhicule, les réservoirs relativement étanches existent. Mais pour le transport et la distribution de l’hydrogène, c’est une tout autre affaire. Par exemple, un pipeline en acier est une vraie passoire pour l’hydrogène.

Bref, le marché de l’hydrogène de masse est un marché de proximité, et non pas international. Cela dit, il faut encourager la proposition d’Énergir d’injecter de l’hydrogène dans son réseau de distribution, ce qui permettrait d’augmenter la part de l’hydrogène dans le bilan énergétique global.

Trois, quel marché le Québec veut-il développer : celui de la production, celui des piles à combustible ou celui du remplacement des combustibles dans l’industrie lourde ? Pour la production, pas de soucis, le Québec aura toujours une place à cause de son potentiel en énergie renouvelable.

Le marché des piles à combustible pour les véhicules n’est pas encore bien défini. Le véhicule avec accumulateur est de loin préférable, parce qu’il utilise directement l’électricité avec des pertes qui ne dépassent pas 10 %. Pour un véhicule doté de piles à combustible, les pertes peuvent être de six à sept fois supérieures à cause des étapes de production, de compression, de distribution ou de conversion en électricité par les piles.

En fait, l’intérêt stratégique de l’hydrogène en matière de carboneutralité passe d’abord par le chauffage à haute température et la réduction du minerai dans l’industrie lourde, c’est-à-dire l’élimination de l’oxygène avant la transformation. Si le Québec veut aider l’humanité et s’aider, il doit soutenir la recherche et la démonstration de nouveaux procédés basés sur l’utilisation de l’hydrogène vert. Comme on l’a fait dans les années 1960 et 1970 en développant l’aciérage électrique et les torches à plasma, une stratégie gagnante serait de faire la démonstration qu’une cimenterie ou la réduction du minerai de fer peuvent être carboneutres.

Autrement dit, le soutien de la recherche offre de meilleures garanties de retombées qu’une quelconque structure étatique qui veut encourager la production d’un simple vecteur énergétique. À ce titre, pourquoi ne pas nationaliser l’industrie de l’aluminium ?

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