Avec nos enfants ou au travail? On ne devrait plus avoir à choisir!

«Nous, mamans de jeunes enfants, voulons soutenir publiquement les éducatrices et le personnel des CPE et demander au gouvernement du Québec d’accéder sur-le-champ à leur demande afin de régler un conflit qui n’a que trop duré» font valoir les signataires.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Nous, mamans de jeunes enfants, voulons soutenir publiquement les éducatrices et le personnel des CPE et demander au gouvernement du Québec d’accéder sur-le-champ à leur demande afin de régler un conflit qui n’a que trop duré» font valoir les signataires.

Le modèle des CPE (centre de la petite enfance) québécois constitue une richesse. Véritable pilier de la lutte contre les inégalités sociales et pour l’accès au travail des femmes, c’est également une réponse aux changements démographiques et sociaux (natalité très basse dans des sociétés vieillissantes).

Pour comprendre cela, rappelons quelques éléments d’histoire. Dès les années 1950 et 1960, des femmes, dans une quête d’émancipation, de justice sociale, d’égalité d’accès à l’emploi et aux études supérieures, ont organisé, de manière spontanée et solidaire, la garde de leurs enfants. La mobilisation de syndicats, de groupes de femmes et d’organismes communautaires, dès les années 1970, impose petit à petit à l’État la saisie de ces questions. Dans un contexte national de grande négociation sociale, le point d’orgue fut, au cours des années 1990, la création d’un réseau de service de garde. L’objectif des CPE était triple : accessibilité à un service de garde de qualité, abordable et universel qui eut pour conséquences l’augmentation du taux d’activité des femmes et la diminution de la pauvreté chez les mères de famille monoparentale.

Services de garde et éducatifs

 

À partir d’un guichet unique, les familles ont accès non seulement à des services de garde, mais aussi à des services éducatifs. En outre, les CPE ont des offres adaptées aux besoins particuliers des enfants et des familles. Formées, les éducatrices développent des objectifs d’intervention et des moyens pédagogiques pour favoriser l’autonomie des enfants, leur bien-être, leur développement socioaffectif, moteur, cognitif et langagier. Offrir à nos jeunes enfants un tel environnement éducatif permet l’acquisition d’une meilleure estime de soi, favorise la réussite scolaire, la santé, etc. Ce sont là des effets durables. À tous les niveaux, le réseau des CPE est une réussite. La population québécoise a toutes les raisons d’en être fière et de souhaiter sa pérennité.

Santé et sécurité fragiles

 

Or, le contexte présent de la pénurie de main-d’œuvre en CPE ainsi que les conditions de travail actuelles représentent une difficulté pour le quotidien, pour l’embauche et le maintien en poste des éducatrices, ainsi que pour le recrutement d’étudiants dans le domaine de la petite enfance. La pression est telle que la santé et la sécurité au travail sont devenues fragiles.

Pour le comprendre, il faut se plonger dans le quotidien des éducatrices. Elles travaillent quatre jours par semaine, neuf heures par jour, dans un environnement dont le volume sonore avoisinerait celui d’un chantier de construction. Puisqu’il ne s’agit pas de « garder » des enfants, elles conçoivent des approches éducatives et observent l’évolution des enfants, leur développement, pour pouvoir s’adapter à leurs besoins. C’est un travail passionnant, mais prenant, qui nécessite une formation initiale et continue, une supervision et des journées de préparation, entre autres. Est-il normal qu’un tel métier soit si mal rémunéré ? S’il est difficile d’embaucher aujourd’hui, comment peut-on promettre plus de places en CPE pour les années à venir ?

L’ensemble du personnel des CPE contribue à offrir une éducation et un milieu de vie de qualité aux enfants. Les professionnels assurant la préparation des repas, l’entretien et la propreté des locaux, et la gestion et la direction ont un rôle fondamental dans l’équilibre des CPE. Reconnaissons ensemble le rôle essentiel joué par les éducatrices et le personnel des CPE dans le développement des enfants et faisons-le en offrant des conditions de travail convenables : un salaire décent à la hauteur des tâches et des responsabilités qui incombent aux personnes qui s’occupent de nos enfants. C’est un projet ambitieux, mais c’est un investissement social dont les avantages se perçoivent durablement sur les plans de la santé et des inégalités sociales. Sans financement suffisant, la qualité de ce réseau et son impact bénéfique sur le développement des enfants seront affectés.

Organisation familiale

 

Nous regrettons que les revendications des éducatrices et du personnel des CPE n’aient toujours pas été entendues. Depuis le 1er décembre 2021, de nombreux employés de CPE à travers le Québec ont entamé une grève illimitée. Cette situation crée des problèmes d’organisation familiale, de détresse psychologique, d’inégalités économiques et sociales, d’inégalités de genre. C’est pourquoi nous, mamans de jeunes enfants, voulons soutenir publiquement les éducatrices et le personnel des CPE et demander au gouvernement du Québec d’accéder sur-le-champ à leur demande afin de régler un conflit qui n’a que trop duré.

*Signataires

Texte signé avec:
  • Nadine Ouellette, professeure agrégée, Département de démographie, Université de Montréal ;
  • Valérie Tremblay, directrice du CPE de l’Université de Montréal ;
  • Marie Simon, neuropsychologue ;
  • Solène Lardoux, professeure agrégée, Département de démographie, Université de Montréal



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