9 milliards pour un accès inéquitable à Internet

«Vidéotron, Telus, Bell et plusieurs autres bénéficient de subventions pour accroître le réseau filaire dans les régions sans aucune contrainte quant aux prix que ces compagnies peuvent ensuite facturer aux abonnés», écrit l'autrice.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Vidéotron, Telus, Bell et plusieurs autres bénéficient de subventions pour accroître le réseau filaire dans les régions sans aucune contrainte quant aux prix que ces compagnies peuvent ensuite facturer aux abonnés», écrit l'autrice.

Mercredi dernier, le gouvernement du Québec annonçait avec beaucoup de fierté qu’il injecterait 94 millions supplémentaires pour le volet III du programme Éclair visant le branchement de tous les foyers du Québec à Internet haute vitesse. Le réseau sera dès lors offert partout, sans toutefois être accessible pour tous et toutes. En effet, ces subventions combleront les lacunes techniques de la connexion, mais n’auront aucun impact sur ses freins financiers. Avec l’ajout de cette somme, les Québécoises et Québécois auront déboursé plus de 9 milliards de dollars en cinq ans pour construire une infrastructure de réseau qui ne leur appartient pas et qui les oblige à accepter des coûts de branchement excessivement élevés.

Depuis le début 2002, déjà, le Québec cumule les programmes visant à brancher les foyers et les institutions publiques à Internet. Québec branché, Québec haut débit, Villages branchés, Communautés rurales branchées, Opération haute vitesse, Éclair sont les noms de quelques-uns de ces programmes qui ont eu pour objectif d’augmenter la disponibilité du réseau. Bien qu’il y investisse des sommes considérables depuis des années, le gouvernement laisse néanmoins l’entière propriété des infrastructures de branchement Internet aux compagnies de télécommunication, qui monnayent ensuite son accès en engrangeant de larges profits. Ainsi, Vidéotron, Telus, Bell et plusieurs autres bénéficient de subventions pour accroître le réseau filaire dans les régions sans aucune contrainte quant aux prix que ces compagnies peuvent ensuite facturer aux abonnés.

Au Canada, le prix moyen mensuel pour un abonnement à Internet haute vitesse résidentiel était de 80,31 $ en 2018, selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), et celui-ci devrait grimper au courant de la prochaine année. Et cela exclut les coûts pour l’accès mobile à Internet. Le Canada est le pays où l’accès à Internet est le plus cher au monde, juste après les États-Unis. Selon le CRTC, le caractère essentiel de ce service conduit des citoyens et citoyennes à s’y abonner tout de même, au détriment parfois d’autres biens essentiels comme les vêtements et la nourriture.

L’accès à Internet est désormais considéré comme un vecteur d’égalité sociale et économique, ainsi qu’un prérequis à la participation démocratique. Cette réalité s’est d’autant plus raffermie durant la pandémie, où travailler ou aller à l’école sont devenu des actes dépendants de la connexion. Conséquemment, les appels à faire d’Internet un service public se sont multipliés dernièrement. Cet été, d’éminents chercheurs en communication ont publié un manifeste appuyant une telle proposition. D’autres appellent à s’inspirer d’exemples existants, comme celui de la Saskatchewan, afin de faire une pression à la baisse sur le marché de la distribution ou, même, pour offrir un réseau entièrement public à juste prix.

Au regard du coût élevé des services Internet au Québec de même qu’à l’importance des sommes dépensées par l’État pour la construction du réseau, le Québec devrait réclamer la part de propriété des infrastructures de connexion qui lui revient. Le gouvernement pourrait ainsi poser un geste fort en ne participant pas seulement à rendre Internet physiquement disponible, mais aussi financièrement accessible.

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