Le radon dans les foyers canadiens, une priorité de santé publique

Si le radon représente une réelle priorité pour la Santé publique, le processus de détection et d’atténuation devrait être pris en charge, ou à tout le moins remboursé, par l’État fédéral, estiment les autrices.
Photo: Getty Images Si le radon représente une réelle priorité pour la Santé publique, le processus de détection et d’atténuation devrait être pris en charge, ou à tout le moins remboursé, par l’État fédéral, estiment les autrices.

Selon les dépliants récemment déposés par Santé Canada dans les boîtes postales de la population canadienne, le radon est la première cause de cancer du poumon chez les personnes non fumeuses. L’organisation nous invite ainsi à acheter en ligne un test de mesure du radon au coût approximatif de 45 $ et à l’expédier à nos frais à un laboratoire d’analyse qualifié. En effet, comme le radon n’a ni couleur, ni odeur, ni goût, le seul moyen d’en détecter la présence est de mesurer sa concentration. En cas de concentration dépassant un certain seuil, Santé Canada nous invite à réduire le taux de radon au moyen de l’acquisition d’un système d’atténuation dont le prix d’installation varie entre 2500 $ et 5000 $.

Considérant la dangerosité du radon et les préoccupations qu’il suscite chez Santé Canada, pourquoi laisser ces frais à la charge des contribuables ? Nous sommes locataires et déménageons fréquemment. Il n’est absolument pas réaliste, notamment en raison de la crise du logement qui sévit actuellement dans les grands centres urbains, de penser que des locataires pourraient assumer de tels coûts ou encore que les propriétaires de logements assumeraient de tels frais, qui sont, disons-le, faramineux. Dans ce contexte, il apparaît absurde d’entamer toutes ces démarches et d’en payer les frais, pour une partie considérable de la population canadienne, considérant les inégalités de revenus en son sein.

Les déterminants sociaux de la santé constituent pourtant l’un des chevaux de bataille de Santé Canada tel qu’il appert de sa documentation volumineuse sur le sujet. L’organisme a notamment relevé les déterminants suivants : le revenu et le statut social, l’éducation, le genre, la racialisation et le racisme. Ces facteurs impliquent que plus les personnes sont marginalisées socialement, plus elles le sont sur le plan de la santé, tandis que plus elles ont un revenu élevé, plus cela se traduit par un meilleur état de santé. Faut-il rappeler qu’à Montréal, les enfants qui naissent à Westmount peuvent espérer vivre 10 ans de plus que ceux d’Hochelaga-Maisonneuve ? C’est ce genre d’écarts qui a amené Michael Marmot, président de la Commission des déterminants sociaux de la santé de l’OMS, à soutenir que « l’injustice sociale tue à grande échelle ».

Si le radon représente une réelle priorité pour la Santé publique, le processus de détection et d’atténuation devrait être pris en charge, ou à tout le moins remboursé, par l’État fédéral. Comme Santé Canada le soutient lui-même, des vies, celles des riches comme celles des pauvres, sont en jeu. On estime en effet que 16 % des cancers du poumon sont causés par l’exposition au radon, des suites desquels plus de 3000 personnes mourraient chaque année au pays. Ainsi, il est indéfendable de demander aux ménages canadiens d’assumer individuellement un tel fardeau financier. Selon Pierre Aïach, spécialiste renommé des inégalités sociales en santé, ces différences sont non seulement inutiles et injustes, mais elles sont aussi évitables. Ottawa doit prendre ses responsabilités et couvrir les frais associés aux démarches de prévention.

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