Sauver des vies ou punir les criminels?

Des policiers sur les lieux d'une fusillade ayant fait deux victimes à Toronto, le dimanche 8 août 2021
Photo: Cole Burston La Presse canadienne Des policiers sur les lieux d'une fusillade ayant fait deux victimes à Toronto, le dimanche 8 août 2021

Les récents homicides tragiques d’adolescents à Montréal et à Toronto ont amené les politiciens canadiens à proposer d’embaucher plus de policiers. Lors de l’élection fédérale, les libéraux ont promis un milliard de dollars pour aider les autres ordres de gouvernement à interdire les armes de poing. Cependant, aucune de ces mesures ne sera aussi efficace pour retirer les armes de poing de la circulation que les solutions préventives en amont.

Malheureusement, les politiciens canadiens n’appliquent pas la science de la prévention de la violence, qui est disponible auprès de sources importantes comme l’Organisation mondiale de la santé, le British College of Policing ou la Youth Violence Commission. Cette science identifie plusieurs stratégies permettant de détourner les jeunes hommes de la violence et qui sont plus rentables que la police et les prisons. Ces stratégies comprennent l’embauche de travailleurs de proximité, la création d’incitations financières et la mise en œuvre de programmes qui aident les jeunes à se calmer et à réfléchir avant de réagir. Ces stratégies peuvent réduire de moitié les taux de violence en trois ans.

En raison d’inégalités systémiques, la violence de rue tend à se concentrer dans des endroits plus défavorisés. Par le fait même, les approches policières guidées par le renseignement ciblent fréquemment des jeunes hommes marginalisés et racisés, ce qui entraîne des taux d’arrestation et d’incarcération disproportionnés et rend les infractions futures plus probables. Investir dans des solutions à la source améliore les chances dans la vie et évite les conséquences de la criminalisation.

Des villes comme Glasgow, en Écosse, ont réussi à réduire de 50 % les homicides commis par des gangs de rue en moins de trois ans, en utilisant la science de la prévention pour résoudre les causes profondes de la violence dans ces quartiers défavorisés. Le maire de Londres (Royaume-Uni) a pris connaissance de la science et a créé une unité spéciale dirigée par un conseiller municipal pour mettre les données probantes en action. Il a récemment été réélu, ce qui prouve que l’utilisation de la science pour mettre fin à la violence est populaire.

L’Ontario a lancé des approches similaires au niveau municipal, mais elles nécessitent le soutien des gouvernements fédéral et provincial. Le maire de Toronto, comme ceux de toutes les municipalités de l’Ontario, élabore un plan de sécurité communautaire prometteur pour s’attaquer au problème à sa source. Malheureusement, la mairesse de Montréal n’est pas encore aussi progressiste, puisqu’elle continue de réclamer plus de policiers et n’a aucun plan pour agir en amont afin de prévenir la violence.

À l’échelle provinciale, la ministre de la Sécurité publique du Québec a promis 90 millions de dollars pour embaucher davantage de policiers, mais s’est contentée de mentionner brièvement la prévention, sans la financer. De même, le premier ministre de l’Ontario a menacé d’être « sans pitié » pour les pourvoyeurs d’armes de poing en accordant 75 millions de dollars supplémentaires pour les mesures d’application de la loi, mais n’a pas encore consacré de fonds à la mise en œuvre des plans de sécurité communautaire.

Si plus de mesures policières et punitives étaient la solution à la violence, les États-Unis seraient le pays le plus sécuritaire du monde. En réalité, les citoyens américains, en particulier dans les communautés noires, sont tellement inquiets pour leur sécurité qu’ils achètent davantage d’armes à feu. Entre 2019 et 2020, les homicides à Chicago ont augmenté de 55 %, atteignant 780 homicides en 2020, contre 70 à Toronto. Pourtant, Chicago compte 13 000 policiers, contre 5500 à Toronto. Le recours à la prison aux États-Unis dépasse de loin celui de tous les autres pays. Le taux d’incarcération pour 100 000 habitants de l’Illinois (où se trouve Chicago) est cinq fois supérieur à celui de l’Ontario. Cette comparaison des données en lien avec la sécurité communautaire dans des villes américaines et canadiennes de richesse et de taille similaires devrait convaincre les politiciens de modifier leur approche.

Aux États-Unis, plus de 80 millions de ménages possèdent une arme de poing, principalement pour se protéger. L’utilisation illicite de ces armes a entraîné 10 000 homicides en 2020. En comparaison, le Canada comptait moins d’un million de ménages possédant une arme de poing et environ 125 homicides commis avec une arme de poing, dont la plupart étaient illicites et provenaient des États-Unis.

Nous sommes à un point décisif, où les maires peuvent planifier des investissements intelligents dans des solutions en amont qui empêchent les jeunes hommes d’avoir recours aux armes de poing, mais les municipalités ont besoin du soutien des gouvernements fédéral et provinciaux avec un financement soutenu et adéquat pour les solutions éprouvées et la formation de professionnels pour mettre en œuvre ces connaissances.

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