Pourquoi mettre en doute la formation universitaire des infirmières?

«Sur quelles bases se fonde le président-directeur général de la Fédération des cégeps pour “mettre en doute la capacité des universités à bien former des infirmières sur le volet technique”?» s'interrogent les autrices.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Sur quelles bases se fonde le président-directeur général de la Fédération des cégeps pour “mettre en doute la capacité des universités à bien former des infirmières sur le volet technique”?» s'interrogent les autrices.

Cette lettre est écrite en réaction au texte « Les cégeps refusent de perdre le DEC en soins infirmiers », paru le 20 novembre dernier.

Travaillant en collaboration avec les universités depuis plus de 20 ans pour la formation infirmière DEC-BAC, sur quelles bases se fonde le président-directeur général de la Fédération des cégeps pour « mettre en doute la capacité des universités à bien former des infirmières sur le volet technique » ? En plus de bien former sur le plan technique, la formation universitaire d’infirmières cliniciennes prépare au champ d’exercice de la profession, l’un des plus vastes en santé, et aux 17 activités réservées, selon l’article 36 de la Loi sur les infirmières et les infirmiers. Elle prépare des infirmières qui ont non seulement la responsabilité, mais aussi l’autorité professionnelle de promouvoir la santé et de soigner à partir de savoirs issus de la recherche, et cela, en collaboration avec les patients et leurs proches, et en collaboration interprofessionnelle.

À cet égard, le récent rapport des commissaires sur les États généraux de la profession infirmière 2021, s’appuyant sur une centaine de mémoires et d’avis et sur une consultation menée auprès d’un jury citoyen, recommande de faire du baccalauréat le seul diplôme donnant accès à un permis d’exercice de la profession infirmière au Québec dans un horizon de cinq ans. Il recommande également de maintenir deux parcours de formation pour obtenir le titre d’infirmière ou d’infirmier au Québec, soit la formation initiale en sciences infirmières à l’université et le DEC-BAC. Les cégeps continueront de participer à une formation infirmière de qualité en fournissant la portion DEC du DEC-BAC. Pourquoi percevoir et véhiculer ce changement comme une perte par les cégeps ?  

Prenant appui sur la pénurie de main-d’œuvre en soins infirmiers, le président-directeur général de la Fédération affirme que la formation du DEC technique en soins infirmiers doit pouvoir continuer de donner accès au marché du travail. Ce même rapport des commissaires recommande d’assortir le diplôme d’études collégiales en soins infirmiers d’une qualification menant au titre de résidente ou résident en soins infirmiers, les rendant disponibles sur le marché du travail, tout en facilitant la poursuite des études. On y lit que toutes les autres provinces canadiennes ont choisi le baccalauréat comme norme d’entrée à la profession infirmière, entre 1998 et 2012, et que l’Alberta (2010) et la Colombie-Britannique (2006) ont connu une augmentation importante du nombre de diplômés en sciences infirmières (respectivement 45 % et 60 %).

Au Québec, un rehaussement des exigences dans d’autres professions de la santé a eu le même effet d’augmentation des demandes d’admission. Pourquoi donc craindre l’aggravation de la pénurie ? L’exigence du baccalauréat pour la profession infirmière, comme recommandée dans le rapport, s’avère une des solutions à la pénurie d’infirmières. Le baccalauréat comme norme d’entrée à la profession infirmière est l’avenue gagnante tant pour les cégeps que les universités, et surtout pour la population.

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