Des intérêts privés ont la haute main sur les richesses naturelles

«Le territoire naturel situé hors des grands centres et qui est maintenant si essentiel à la population pour se récréer et se ressourcer semble, lui, totalement abandonné à l’appétit sans bornes des minières et des forestières», écrit l'auteur. En photo: la rivière Rouge, dans la municipalité de Grenville-sur-la-Rouge.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le territoire naturel situé hors des grands centres et qui est maintenant si essentiel à la population pour se récréer et se ressourcer semble, lui, totalement abandonné à l’appétit sans bornes des minières et des forestières», écrit l'auteur. En photo: la rivière Rouge, dans la municipalité de Grenville-sur-la-Rouge.

Depuis près de cinq ans maintenant, le projet de mine à ciel ouvert et de carrière de Canada Carbon à Grenville-sur-la-Rouge se heurte au refus obstiné d’une bonne partie de la population et de ses élus. Cinq ans de luttes devant les tribunaux, d’articles de presse, d’entrevues dans les médias et la menace d’une poursuite-bâillon sans précédent de 96 millions de dollars n’ont pas réussi à entamer la détermination des citoyens. Et le récent report au pouvoir sans opposition du maire Tom Arnold et d’une équipe de conseillers, tous fort préoccupés par ce projet, en est la preuve éclatante.

En effet, il est de plus en plus difficile de nier le fait que les régions ne sont plus le terrain de jeu exclusif des minières et des forestières. Cependant, les lois qui régissent le domaine de l’exploitation des ressources naturelles favorisent encore ces dernières d’une manière qui n’est plus acceptable aujourd’hui. À titre d’exemple, il suffit de lire l’article 246 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme du Québec qui stipule qu’aucun article de cette loi n’a préséance sur la Loi sur les mines pour s’en convaincre. Aujourd’hui comme hier, des intérêts privés, avec l’aval du gouvernement du Québec, ont la haute main sur les richesses naturelles appartenant à l’ensemble des Québécois.

Dernièrement, à la COP26, le Canada s’est engagé à protéger 30 % de son territoire d’ici 2030. Sans conteste, voilà un pas dans la bonne direction. S’agissant du Québec, la province ne conserve encore que 17 % de son territoire mais vise 30 % d’ici 2030. De belles paroles que tout cela ? Du bla-bla-bla, comme dirait Greta Thunberg ? Nous verrons bien. Mais il faut savoir que des 17 % d’aires protégées, 16 % se trouvent au nord et seulement 1 % au sud…

Des lois qui vieillissent mal

Serait-ce trop exiger de notre gouvernement qu’il fasse preuve de plus d’ambition dans ce domaine ? Qu’il agisse au plus vite pour protéger une plus grande portion de son territoire au sud ? En attendant, le territoire naturel situé hors des grands centres et qui est maintenant si essentiel à la population pour se récréer et se ressourcer semble, lui, totalement abandonné à l’appétit sans bornes des minières et des forestières. Les claims miniers dans l’Outaouais, dans Lanaudière et dans les Laurentides n’ont-ils pas augmenté de plus de 700 % ces dernières années ? En plein dans les régions touristiques les plus prisées des Québécois, et cela, sans que la population ait un réel pouvoir de s’y opposer.

Doit-il en être de même pour toujours ? Pourquoi la population, à travers les MRC, ne pourrait-elle pas décider quelle portion de son territoire affecter à l’exploitation minière et forestière ? Peu, beaucoup ou pas du tout selon les priorités de développement ? Quant au gouvernement, rien ne l’empêcherait de se réserver le droit d’intervenir pour des motifs exceptionnels, comme lors du dernier conflit mondial où toutes les ressources étaient mobilisées pour l’effort de guerre.

La question qu’il faut se poser est celle-ci : pourquoi, en ce début de XXIe siècle, gérons-nous encore nos richesses naturelles comme si nous étions toujours une colonie ? N’est-ce pas infantiliser la population que de l’empêcher de décider comment son territoire doit être développé ? Nous ne sommes peut-être plus à l’époque de Duplessis, mais il y a toujours un peu de son esprit qui survit lorsqu’il s’agit de disposer de nos richesses naturelles. Force est de constater que ces lois d’une autre époque sont une épée de Damoclès qui menace encore les régions du Québec.

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