La victoire de l’authenticité

«Là réside la clé du succès de plusieurs des nouveaux maires et des nouvelles mairesses élus dimanche: la victoire de l’authenticité sur la politique professionnelle», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Là réside la clé du succès de plusieurs des nouveaux maires et des nouvelles mairesses élus dimanche: la victoire de l’authenticité sur la politique professionnelle», écrit l'auteur.

Dans Le Petit Robert, on définit le mot « authentique » ainsi : « Qui exprime une vérité profonde de l’individu et non des habitudes superficielles, des conventions. » Là réside la clé du succès de plusieurs des nouveaux maires et des nouvelles mairesses élus dimanche : la victoire de l’authenticité sur la politique professionnelle. C’est certainement le cas pour Valérie Plante qui, partie loin derrière dans les sondages, a rattrapé, puis devancé Denis Coderre par 14 points. Une performance rien de moins que remarquable.

En 2017, on avait attribué la victoire de Mme Plante, en partie, à son rire éclatant. En 2021, on peut expliquer sa réélection par l’impression que continue de donner la mairesse qu’elle est vraiment sincère. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas certaines de ses politiques, que ses éclats de rire finissent ou non par agacer, il reste que Valérie Plante est une personne avec qui on serait à l’aise de prendre un café demain matin. Et elle ne serait sûrement pas différente de ce qu’on voit à la télévision.

M. Coderre, lui, a trop travaillé sa « renaissance » — une diète, un livre, des aveux — pour que sa nouvelle personnalité soit authentique. La « vérité profonde » de Denis Coderre, tout le monde le sait, c’est d’être un politicien professionnel. Un vrai, un bon politicien traditionnel. Un politicien professionnel tout de même, avec tous les tics qui viennent avec. Quand on est authentique, la transparence ne nous fait pas peur.

Bien que je connaisse moins les nouveaux maires et nouvelles mairesses des autres villes du Québec, on peut peut-être expliquer la victoire à l’arraché de Bruno Marchand, à Québec, par un rejet des politiciens traditionnels. La sincérité de M. Marchand, politiquement parti de nulle part, mais qui a travaillé à Centraide pendant plusieurs années, ne faisait pas de doute. Marie-Josée Savard elle aussi se disait authentique. Comme Valérie Plante, elle aussi avait un sourire contagieux. Cependant, contrairement à son adversaire, elle portait un bagage politique. De plus, le fait d’avoir été bénie par le maire sortant lui a sans doute nui ; les électeurs de Québec ne se feraient pas dire pour qui voter, même par Régis Labeaume !

La jeune Catherine Fournier a déjà une expérience politique significative. Mais il y a chez elle une sincérité, une naïveté presque, qui a plu à bien des électeurs de Longueuil. « Dès le moment où j’ai réfléchi à la possibilité de me porter candidate à cette élection, j’ai choisi de faire confiance à mon intuition, de suivre mes convictions et mes valeurs, a dit Mme Fournier après sa victoire. Ça rapporte aujourd’hui. C’est la preuve que l’authenticité est gagnante en politique. » On ne saurait mieux dire.

Cela dit, se réclamer de l’authenticité ne suffit pas. Les électeurs, la plupart du temps, ne sont pas dupes. L’authenticité doit être… authentique.

Quand on gagne en s’appuyant sur l’authenticité, la responsabilité qui vient avec nos nouvelles fonctions est encore plus lourde. Les attentes de la population sont grandes. Il faut éviter de trop se plier aux exigences de la politique partisane, telle que conçue par les « conseillers » de toutes sortes qui nous entourent. Il ne faut pas non plus se laisser avaler par la machine bureaucratique. Autrement dit, il faut demeurer vrai. Grosse commande. Mais c’est possible. N’est-ce pas ce qu’a démontré le maire Labeaume durant ses 14 années de pouvoir à Québec, lui qui est resté fidèle à lui-même, pour le meilleur et pour le pire ?

L’incroyable popularité de François Legault repose aussi sur cette impression qu’il est resté qui il est. Même si les messages sont soigneusement conçus par les habiles « spin doctors » de la CAQ, le premier ministre donne toujours l’impression que tout ce qu’il dit est spontané, que ça vient de lui. Sans doute parce que, spin doctors ou non, il dit tout simplement ce qu’il pense. Le comptable, l’homme sanguin et impatient ne sont jamais loin.

Ne nous méprenons pas, les Québécois restent très méfiants à l’égard des politiciens. [...] Le faible taux de participation aux élections municipales témoigne de ce désabusement.

Mais il y a dans les résultats de dimanche une leçon importante pour tous ceux qui choisissent de participer au processus électoral : malgré tout ce que nous disent les « pros » de la politique partisane, il faut parler vrai, quitte à faire des erreurs. Et alors s’excuser, vraiment. Et poursuivre sa route, avec franchise, sans artifices. [...]

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