Comment assurer la pérennité de notre patrimoine bâti?

«La vente de la maison Chevalier en catimini et sans consultation est un geste guère édifiant et mérite le tollé indigné qu’elle suscite, et ce, bien que la famille qui s’en porte acquéreur soit irréprochable en matière de mécénat», écrit l'auteur.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «La vente de la maison Chevalier en catimini et sans consultation est un geste guère édifiant et mérite le tollé indigné qu’elle suscite, et ce, bien que la famille qui s’en porte acquéreur soit irréprochable en matière de mécénat», écrit l'auteur.

De nombreux experts, historiens et défenseurs du patrimoine bâti se sont récemment émus du projet de vente à Québec de la Maison Chevalier à des intérêts privés. Ils souhaitent quasi unanimement que la ministre de la Culture, Nathalie Roy, annule cette décision afin de maintenir l’accessibilité et la pérennité de ce joyau de notre patrimoine architectural. Pourtant, auraient-ils oublié que « l’État, c’est nous » ? Et posons cette question : comment assurer cette pérennité ?

Voyons cela sous un autre angle en prenant pour exemple un certain patrimoine spécifique à l’île d’Orléans. Sur l’île, nous avons six musées. Premier de la liste : l’ensemble de la Fondation Lamy, comprenant le parc des Ancêtres, l’ancien presbytère et la maison Drouin datant du XVIIIe siècle. Notre deuxième musée serait le manoir Mauvide-Genêst, une demeure seigneuriale exceptionnelle datant de la même époque. Puis, nous avons les six églises catholiques, véritables conservatoires de l’histoire religieuse du Québec, dont quatre ont été construites à l’époque de la Nouvelle-France, deux d’entre elles bénéficiant même des classements les plus élevés qui soient. Puis il y a finalement le parc maritime et la chapelle anglicane de Saint Mary, un autre temple tout aussi unique.

La Fondation Lamy et le parc maritime reçoivent de maigres subventions publiques, mais comptent d’abord et avant tout sur l’engagement d’une kyrielle de bénévoles et sur du financement populaire. Le manoir Mauvide-Genêst est historiquement sous-financé et doit compter lui aussi sur des bénévoles et des dons du public, dans l’attente d’éventuels mécènes.

Quelques églises sont admissibles à des programmes gouvernementaux pour une portion des dépenses consacrées au maintien et à l’entretien de ces onéreux bâtiments, les autres ne pouvant compter que sur une poignée de pratiquants et un peu de soutien municipal et populaire.

Finalement, la chapelle anglicane ne compte que sur la générosité de quelques rares familles anglophones. Bref, un peu partout au Québec, les fonds manquent, notre patrimoine vivote et des héritages, dans certains cas inestimables, sont menacés.

 

Un historique gouvernemental peu reluisant

La vente de la maison Chevalier en catimini et sans consultation est un geste guère édifiant et mérite le tollé indigné qu’elle suscite, et ce, bien que la famille qui s’en porte acquéreur soit irréprochable en matière de mécénat. Cela dit, la pérennité de ce joyau doit-elle dépendre obligatoirement du gouvernement ? Du même souffle, historiens, anthropologues et conservateurs reprochent à l’actuelle ministre, à son ministère et aux politiques gouvernementales leur manque de consultation, une incurie trop fréquente et parfois leur improvisation.

Comme dans le cas des « maisons bleues », qui se verront allouer des centaines de millions pendant que nos institutions muséales, en région comme en ville, continueront à vivoter, trop souvent incertaines et menacées quant à leur avenir. Tout cela devient vite navrant, car l’historique gouvernemental en matière de conservation et de maintien de ses actifs patrimoniaux, classés ou non, n’est guère reluisant. Pensons à certaines de nos écoles en état de décrépitude, à nos CHSLD non conformes et vétustes, à nos archives nationales et à tout un patrimoine bâti et religieux plus ou moins en péril.

Maigres budgets

 

Depuis toujours, le ministère de la Culture voit ses maigres budgets stagner. Faute de moyens, les ministres successifs interviennent trop souvent en catastrophe. Étant donné les problèmes que connaissent les autres missions de l’État, il ne semble pas que cela doive changer. Doit-on revoir nos façons de faire et développer une culture de responsabilité partagée impliquant la participation de tous ? Les entreprises privées pourraient-elles en faire plus ? Ces questions se posent.

La maison Chevalier est protégée par une loi qui en prescrit le maintien et en édicte les normes et contraintes, et ce, pour les propriétaires actuels ou à venir. Sur l’île d’Orléans, notre patrimoine est d’abord soutenu par le bénévolat, par des dons du public et parfois par quelques familles plus fortunées. Tout cela pour dire comment chez nous, sur l’île, nous serions prêts à « bénir » de telles interventions de la part de citoyens comme la famille Tanguay.

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