Coderre, Plante et Montréal à l’international

«Tandis que Denis Coderre veut promouvoir la ville par la diplomatie urbaine et en jouant le rôle d’ambassadeur, Valérie Plante mise sur la transition écologique et le transport collectif pour faire de Montréal un exemple à l’international», écrit Maïka Sondarjee.
Photo: Jacques Nadeau et Valérian Mazataud Le Devoir «Tandis que Denis Coderre veut promouvoir la ville par la diplomatie urbaine et en jouant le rôle d’ambassadeur, Valérie Plante mise sur la transition écologique et le transport collectif pour faire de Montréal un exemple à l’international», écrit Maïka Sondarjee.

Maïka Sondarjee est professeure à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa. Son premier essai, Perdre le Sud, est paru aux éditions Écosociété en août 2020.

Alors que les villes ont un rôle de plus en plus important à jouer sur la scène internationale, les élections de dimanche prochain détermineront la direction que prendra Montréal sur l’échiquier mondial. Tandis que Denis Coderre veut promouvoir la ville par la diplomatie urbaine et en jouant le rôle d’ambassadeur, Valérie Plante mise sur la transition écologique et le transport collectif pour faire de Montréal un exemple à l’international.

D’un côté, revenir à une vision traditionnelle de ce qu’est (ou de ce que devrait être) une « métropole » et de l’autre, réinventer Montréal dans un monde en transition.

Gouvernance globale

 

Il faut que Montréal se comporte comme une grande ville, a mentionné Coderre au débat du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) il y a quelques semaines. Alors qu’il souligne à raison que les villes sont de plus en plus présentes en gouvernance globale, il semble vouloir revenir à une vision démodée de ce qui fait la grandeur d’une ville : en bref, une métropole avec des gratte-ciel, des multinationales et plus de voitures. Pour se préparer au futur, il faut que « Montréal se retrouve », dit-il.

Les deux leaders municipaux soulignent l’importance des investissements, notamment en ce qui a trait à l’intelligence artificielle, mais ils le font de manière plutôt différente. Coderre met l’accent sur l’attractivité pour les grandes entreprises, alors que Plante mise sur l’importance de la main-d’œuvre et sur les entreprises de finance durable.

Le poumon de Montréal relève donc pour l’un des entreprises de fine pointe qui s’y installeront, et pour l’autre, de la force de travail qui la compose. Pour l’un, il s’agit de promouvoir la ville auprès d’entreprises multinationales, pour l’autre, de rendre la ville vivable pour que des étudiants et des « talents » s’y installent.

« C’est pas qui tu es, c’est qui tu connais »

Voici une phrase classiquement « codérienne », s’il en est une. La ligne de communication de Denis Coderre sur l’international passe principalement par l’importance du maire comme « catalyseur » et comme « chef de file » en ce qui concerne les missions internationales. Il se voit déjà retourner faire des sommets internationaux et serrer des mains par ce qu’il appelle la diplomatie urbaine.

Un maire classique, comme il se doit. Sa devise est « Attractivité, promotion, leadership », un programme qu’il compte promouvoir d’une main de maître. Un maître « compétent » et « efficace », si on se fie à ses pancartes. Pourtant, efficacité et compétence ne sont pas les termes qui viennent en tête lorsqu’on pense au scandale de l’événement international de la Formule E. Si les bévues de Plante sont plus fraîches à notre mémoire, n’oublions pas celles de Coderre.

Plutôt que de se focaliser sur ses qualités personnelles, Plante met en avant son équipe. Elle dit ne pas avoir à faire du name dropping pour montrer qu’elle « connaît du monde ». Au fond, si la ville devient un modèle international à différents niveaux, peu importe qui tu connais, tu seras invité à la promouvoir. Montréal a d’ailleurs présenté des engagements en environnement au sommet des Nations unies sur le climat en 2019. Qu’on aime ou pas les pistes cyclables, les parcs et le transport en commun, Montréal a changé de visage ces dernières années. Malgré les inconvénients causés sur les routes, la Ville promet de devenir un exemple international en matière de transition écologique.

Sans surprise, Projet Montréal mise davantage sur la transition écologique qu’Ensemble Montréal, à la fois pour attirer des entreprises durables et des jeunes, et aussi pour mettre en valeur la ville à l’international. Ainsi, les politiques publiques de Plante sur la scène locale, qu’il s’agisse de l’électrification des transports en commun, de la création du grand parc de l’Ouest ou des pistes cyclables, font d’une pierre deux coups. Transformer la ville permettra de favoriser une sortie de la crise climatique et de rendre Montréal plus résiliente, mais aussi de faire briller la ville sur le plan international. Dans une dizaine d’années, il est à parier que Montréal ressemblera davantage à Copenhague qu’à New York, et que nous serons plus en santé et plus heureux.

La lutte environnementale fait donc partie intégrante du projet de l’administration Plante. Coderre l’a mentionnée quant à lui telle une note en bas de page lors du débat du COMIR, en disant qu’il favoriserait un gouvernement de proximité pour s’occuper de « l’environnement… et tout ça ». Un sujet parmi d’autres.

Je ne pense pas que Projet Montréal a réalisé un mandat sans failles. Loin de là. Il y a eu des erreurs de parcours et il y a encore des erreurs qui restent à redresser. Mais entre une ville du futur, écologique et collective d’un côté et une métropole démodée dont le maire est le grand manitou de l’autre, je choisis la première.

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