Vaccination des mineurs et liberté individuelle

«Dans le contexte pandémique qui nous occupe et compte tenu des faits disponibles, l’intérêt supérieur de l’enfant présentement, reconnu par les tribunaux, est d’avoir accès à la vaccination», écrit l'autrice.  
Photo: Emmi Korhonen / Lehtikuva / Agence France-Presse «Dans le contexte pandémique qui nous occupe et compte tenu des faits disponibles, l’intérêt supérieur de l’enfant présentement, reconnu par les tribunaux, est d’avoir accès à la vaccination», écrit l'autrice.  

Depuis qu’on se prépare à élargir la vaccination aux moins de 12 ans, on se prépare aussi à faire face à certains cas de figure qui étaient survenus, de façon similaire, lorsque la vaccination des 12 à 17 ans avait été rendue accessible. Il y aura les parents hésitants qu’il faudra écouter et s’efforcer de convaincre ; et les parents récalcitrants qui refuseront carrément de faire vacciner leurs enfants et qui, malgré tous nos efforts, resteront sourds à nos arguments.

Et puisque les parents d’enfants de moins de 13 ans doivent s’entendre, il y aura donc aussi, forcément, des parents qui ne s’entendront pas sur la question vaccinale et qui devront demander au tribunal de trancher. Cela s’est déjà produit d’ailleurs. Lors de ces situations délicates, le critère qui prédomine et qui permet de trancher est toujours celui de l’intérêt supérieur de l’enfant. Or, dans le contexte pandémique qui nous occupe et compte tenu des faits disponibles, l’intérêt supérieur de l’enfant présentement, reconnu par les tribunaux, est d’avoir accès à la vaccination.

Actuellement, tous ces cas sont discutés dans l’espace public. Nous n’avons pas négligé, non plus, de nous intéresser à ces enfants âgés d’au moins 14 ans qui peuvent consentir à la vaccination même si leurs parents s’y opposent. Je me dis d’ailleurs que ce ne doit pas être facile comme décision, que de s’opposer à un si jeune âge à l’autorité parentale et d’avoir le courage de choisir ce que l’on estime être le mieux pour soi. Bref, de tout cela, on ose parler ouvertement. Pourtant, d’autres cas de figure existent concernant la vaccination des mineurs, mais semblent être tabous puisqu’on n’en discute nulle part alors que cela devrait aussi nous préoccuper socialement : je parle des enfants âgés de moins de 13 ans qui voudront se faire vacciner tandis que les deux parents s’y opposent (ceux-là ne seront pas entendus par les tribunaux) et des enfants qui ne voudront pas se faire vacciner, des enfants qui auront peut-être même peur du vaccin, des enfants qui, tout naturellement, se rangeront aux côtés de leurs parents qui eux-mêmes refusent la vaccination. Et je ne peux pas m’empêcher de me demander : que fait-on de l’intérêt supérieur de l’enfant dans ces cas-là ?

C’est tout le problème, extrêmement complexe, de la liberté individuelle qui est en cause ici. Nous avons tous et toutes la liberté de choisir et de décider. Et si nous sommes parents, nous avons en plus la responsabilité de choisir et de décider pour nos enfants qui ne sont pas encore assez matures pour être autonomes, c’est-à-dire pour choisir et décider de façon libre et éclairée, par eux-mêmes. Il faut donc comprendre que la liberté suppose deux choses : d’une part, la capacité de juger par soi-même et, d’autre part, le fardeau de la responsabilité. « À grands pouvoirs correspondent grandes responsabilités », et c’est bien vrai.

La liberté de choix représente un pouvoir immense qui s’accompagne d’une responsabilité tout aussi immense, car si l’on se trompe, si l’on juge mal, on en paye les conséquences. C’est sur ces principes élémentaires (que je vulgarise très rapidement) que repose d’ailleurs tout notre système de justice. Lorsqu’on fait usage de notre liberté, on a donc tout intérêt à en faire un usage prudent, éclairé et raisonnable puisque nos choix ont des conséquences que nous devons assumer. Parfois, les choix que nous faisons sont sans grandes conséquences. Mais parfois, certains choix peuvent avoir des conséquences importantes. Se faire vacciner ou ne pas se faire vacciner ? Nous sommes ici face à un choix qui peut avoir des conséquences importantes. D’où l’importance de juger en s’appuyant sur des informations de qualité et sur la vérité, faute de quoi, on risque gros.

C’est pour cela que les théories complotistes, les fake news et autres mensonges qui circulent un peu partout constituent de véritables fléaux puisqu’ils nourrissent très mal notre jugement.

Maintenant, soyons francs. Nous ne sommes pas tous égaux quant aux moyens dont nous disposons lorsqu’il s’agit de faire usage de notre raison, tandis que le fardeau demeure le même pour tout le monde. Il y a donc des adultes mieux ou plus outillés, et d’autres moins.

Peut-être aussi que ces derniers ont eux-mêmes grandi dans un contexte plus ou moins favorable au développement de l’autonomie et de l’esprit critique. Et il faudra ajouter que si certains adultes ont su malgré tout être à la hauteur des responsabilités qui sont les leurs, d’autres s’en fichent, se montrent bornés et n’en font qu’à leur tête. Par conséquent, cela signifie que des enfants subissent les conséquences de choix qui vont à l’encontre de leur intérêt supérieur, chaque jour, au nom de la liberté individuelle. Et la vaccination n’est qu’un choix parmi d’autres, alors imaginez tout le reste… Il serait temps qu’on en parle, de cela aussi.

À voir en vidéo