Comment attirer la relève en psychologie

«Qu’est-ce qui pourrait nous attirer dans le réseau? Obtenir une rémunération qui reflète le fait que nous commençons à travailler vers l’âge de 30 ans en raison d’un doctorat obligatoire, et ainsi ne plus être désavantagés par rapport aux autres», écrit l'autrice.
Photo: iStock «Qu’est-ce qui pourrait nous attirer dans le réseau? Obtenir une rémunération qui reflète le fait que nous commençons à travailler vers l’âge de 30 ans en raison d’un doctorat obligatoire, et ainsi ne plus être désavantagés par rapport aux autres», écrit l'autrice.

Nous sommes étudiants au doctorat en psychologie. Nous avons choisi ce domaine d’études puisque nous souhaitons aider les gens les plus vulnérables. Pendant que nous sommes sur les bancs de l’université, la plupart de nos ami(e)s travaillent, achètent une maison et cotisent à leur REER. Nous avons fait le choix de faire 10 ans d’université et nous l’assumons.

Nous comprenons que plusieurs années d’études sont nécessaires pour être en mesure de faire un travail complexe qui consiste, entre autres, à évaluer et à traiter les troubles de santé mentale. Pour payer nos études et limiter nos dettes, plusieurs d’entre nous travaillent en cabinet privé, où la rémunération est nettement supérieure à celle qui nous serait offerte dans le réseau public. Notre premier choix à la fin de ces longues études serait de travailler dans les hôpitaux, les CLSC, les groupes de médecine familiale, les centres jeunesse, les écoles et les cégeps. Toutefois, en raison des conditions de travail actuelles, et par dépit, la plupart d’entre nous choisiront de travailler dans le secteur privé. Vous vous demandez pourquoi ?

Avez-vous déjà vu l’échelle salariale des psychologues du réseau public au Québec ? Elle commence à 26 $ l’heure. Les écarts salariaux sont majeurs avec de multiples points de comparaison : les psychologues du secteur privé gagnent près de 30 % de plus que ceux du réseau public, compte tenu de tous les avantages sociaux comme la retraite et les vacances ; les psychologues du réseau public de l’Ontario gagnent 45 000 $ de plus par année que ceux du Québec ; les psychiatres gagnent 300 % de plus, tout en ayant une formation d’une durée similaire ; les autres professionnels du réseau de la santé qui détiennent un baccalauréat prennent leur retraite environ six ans plus tôt que leurs collègues psychologues, avec 300 000 $ de plus d’actifs dans leurs poches ; et les enseignants au Québec gagneront près de 2000 $ de plus par année que les psychologues, à la suite des dernières négociations. Tous ces travailleurs méritent amplement leur salaire, là n’est pas la question. Mais pourquoi les psychologues sont-ils encore oubliés ?

Vous comprendrez qu’il ne s’agit même plus d’une question d’argent, mais bien d’une question de respect et de reconnaissance. […]

Qu’est-ce qui pourrait nous attirer dans le réseau ? Obtenir une rémunération qui reflète le fait que nous commençons à travailler vers l’âge de 30 ans en raison d’un doctorat obligatoire, et ainsi ne plus être désavantagés par rapport aux autres. Une marque de reconnaissance qui indiquerait clairement la volonté du gouvernement d’offrir des services psychologiques dans le réseau public. Malheureusement, une prime révocable qui n’est pas considérée dans le calcul pour notre retraite ne nous attirera pas dans le réseau.

Nous n’arrivons pas à comprendre l’inaction du gouvernement et ses réticences à mettre en place les solutions proposées par la Coalition des psychologues du réseau public québécois. Surtout dans le contexte actuel, où les problèmes de santé mentale affectent plus que jamais notre société, tant sur le plan humain qu’économique. Ce sont malheureusement les gens les plus vulnérables et nos partenaires du réseau public (par exemple médecins, infirmières) qui souffrent de cette inaction. La solution ne se limite pas à assurer un pairage entre les doctorants en psychologie et les postes disponibles dans le réseau public à la fin de leur internat, puisque 75 % des nouveaux psychologues choisissent d’exercer dans le secteur privé. Des 25 % qui choisissent le public, plus de 40 % le quittent dans les cinq premières années de pratique, et ce, majoritairement en raison des conditions salariales insuffisantes. La solution doit impérativement inclure un rattrapage salarial majeur. La parité avec le secteur privé est un minimum.

Nous voulons travailler dans le réseau public, contribuer à l’amélioration du bien-être psychologique des gens les plus souffrants, collaborer en équipe multidisciplinaire, aider à libérer les médecins de famille et désengorger les urgences. Nous attendons un signal de la part du gouvernement, une juste reconnaissance salariale. Et puis, nous serons présents et heureux de l’être !

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