Une coûteuse protection de l’environnement

François Legault, lors de son discours d’ouverture de la session parlementaire, le 19 octobre dernier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault, lors de son discours d’ouverture de la session parlementaire, le 19 octobre dernier.

Lors de son discours d’ouverture de la session parlementaire du 19 octobre dernier, le premier ministre François Legault a annoncé que le gouvernement du Québec renoncerait « définitivement à extraire des hydrocarbures sur son territoire ». Bien qu’il s’agisse d’un pas dans la bonne direction, il est inutile de concevoir un plan de lutte contre les changements climatiques sans tenir compte des répercussions de ceux-ci sur les populations les plus marginalisées. La Ligue des droits et libertés (LDL) rappelle donc au gouvernement du Québec qu’il ne peut lutter contre la crise climatique sans entreprendre des actions concrètes pour améliorer les droits économiques, sociaux et culturels de la population, notamment en valorisant les droits à la santé, à un environnement sain, au logement, à l’égalité et à la dignité.

Le lendemain de cette annonce, M. Legault revenait sur le sujet en évoquant la possibilité que le gouvernement indemnise les entreprises d’exploration gazière au Québec pour la perte inéluctable de leurs permis. À mots couverts, le gouvernement agite le spectre de menaces de poursuites de la part de ces entreprises, qui s’accumulent déjà à la porte de l’État à coup de plusieurs centaines de millions, voire de milliards de dollars. À l’autre bout du spectre, plusieurs groupes environnementaux ont manifesté leur mécontentement à l’égard de ce scénario. Ils demandent au gouvernement de ne pas céder à la pression de ces entreprises. Un rapport du Centre québécois du droit de l’environnement publié en juin dernier sur cette question est clair : le gouvernement a toute la souveraineté requise pour mettre fin à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures sur le territoire du Québec sans indemniser les entreprises pétrolières et gazières.

La LDL joint sa voix à celles des organisations environnementales pour dénoncer d’emblée toute décision qui aurait pour effet d’indemniser d’hypothétiques profits polluants qui, de toute évidence, ne se seraient jamais concrétisés.

Par ailleurs, la LDL est d’avis que cette annonce du gouvernement s’apparente à une épreuve d’écoblanchiment (greenwashing). En effet, interdire les activités d’un secteur industriel déjà factuellement à l’arrêt n’entraîne aucune amélioration réelle sur la protection des écosystèmes de la province.

Assez ironiquement, lors de ce même discours du 19 octobre, M. Legault n’a mentionné que du bout des lèvres « regarder des moyens pour aider les Québécois […] à faire face à [l’]augmentation énorme du coût de la vie, entre autres dans le secteur de l’épicerie puis du logement ». En pleine crise du logement, une déclaration aussi famélique n’était assurément pas à la hauteur des problèmes à régler, puisqu’elle n’est liée à aucune action concrète visant à faire respecter les droits au logement, à la santé, à la dignité ou à l’égalité.

Même s’il faut saluer la décision du gouvernement de mettre enfin un terme à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures au Québec, il serait inadmissible que cette décision détourne de précieux fonds publics (ceux envisagés pour un dédommagement des entreprises) qui doivent de toute urgence être destinés à resserrer les mailles du tissu social. En ce sens, il apparaît d’autant plus inacceptable de chercher à compenser des profits « potentiels » de sociétés qui auraient ravagé les écosystèmes québécois et contribué à la crise climatique à l’échelle planétaire plutôt que d’adopter un plan concret de réalisation des droits de la personne au Québec.

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