Un avenir incertain pour le catholicisme au Québec

«Le refus de permettre aux femmes d’accéder aux fonctions ministérielles a été confirmé solennellement par le pape Jean-Paul II et son successeur Benoit XVI», rappelle l'auteur.
 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Le refus de permettre aux femmes d’accéder aux fonctions ministérielles a été confirmé solennellement par le pape Jean-Paul II et son successeur Benoit XVI», rappelle l'auteur.
 

Quel avenir pour le catholicisme au Québec ? Sa désintégration manifeste observée constamment depuis 50 ans justifie que l’on pose la question. Réunies en colloque à l’invitation du Centre culturel chrétien de Montréal, quelque 90 personnes ont même poussé plus loin leur questionnement. Elles se sont demandé « ce que les Québécois perdraient de plus important si le catholicisme disparaissait au Québec ». Car à observer l’évolution de l’Église, cette hypothèse n’est pas farfelue.

Leur questionnement a emprunté plusieurs avenues, mais, au premier chef, celui de l’Église institutionnelle et de sa gouvernance. Un sondage mené en vue de ce colloque auprès des membres de la communauté Saint-Albert-le-Grand, des Dominicains du même couvent et des étudiants de l’Institut de pastorale a révélé un premier fait : 87 % ont dit vouloir des changements dans l’institution et 93 %, des changements « majeurs ». Mais les répondants sont sceptiques quant à leur avènement : 55 % pensent qu’ils sont « peut-être » possibles. On ne saurait s’en surprendre : 58 % ont déclaré avoir « une attitude négative au regard la situation générale de l’Église comme institution hiérarchique ».

Une mise en garde s’impose ici. Les 115 répondants au sondage sont plutôt âgés (66 ans en moyenne) et plutôt très instruits. Ils ne sauraient prétendre refléter la communauté catholique du Québec. Et, contrairement à la moitié des Québécois, ils sont aux surplus croyants en un Dieu trinitaire, généralement engagés et ont un fort sentiment d’appartenance à leur communauté chrétienne. Aussi, ces caractéristiques rendent cependant plus paradoxales leurs opinions très critiques sur l’institution catholique.

Les participants au colloque ont pour leur part proposé des pistes d’actions prioritaires. La première se démarque des autres par l’appui massif qu’elle a reçu : on veut voir « reconnaître l’égalité effective des hommes et des femmes dans l’Église ». Or, le refus de permettre aux femmes d’accéder aux fonctions ministérielles a été confirmé solennellement par le pape Jean-Paul II et son successeur Benoit XVI. Ils ont déclaré le débat clos. On fait face ici à un paradoxe : alors que les mêmes catholiques luttent comme tous lescitoyens pour l’avènement d’une société égalitaire, tant dans la société civile que politique, dans l’Église catholique, cette lutte n’est pas possible.

Ce fait confirme, à leurs yeux, le caractère fondamentalement clérical de la structure de l’Église. Cela constitue un obstacle majeur à l’avènement de changements significatifs dans la gouvernance de l’Église.

Du reste, sur le plan symbolique, les marques extérieures de distinction dans les titres, les fonctions et les tenues vestimentaires de la hiérarchie épiscopale sont le signe d’une Église toujours divisée entre clercs (au surplus tous masculins) et laïcs. Les premiers fixent les règles, les seconds y obéissent. Aussi les participants au colloque ont-ils fait de « l’abandon de la structure hiérarchique » au profit d’une démocratisation leur seconde résolution en importance. Dits autrement, en termes théologiques, les participants ont dit vouloir « rendre l’Église au peuple de Dieu ».

Les aspirations des participants à ce colloque rejoignent d’ailleurs ce que le sondage auprès des membres des communautés de Saint-Albert avaitrévélé. Plusieurs d’ailleurs ont participé au colloque.

On leur a demandé dans un premier temps d’indiquer, sur une échelle croissante de priorité de 1 à 5, ce qu’ils estimaient être prioritaires. Voici leurs réponses :

  • Accorder une égalité de pouvoir et de responsabilité aux hommes et aux femmes : 1,39/5
  • Assurer que les décisions soient prises de façon démocratique : 1,77/5
  • Accorder une responsabilité égalitaire aux laïcs et aux clercs : 1,82/5
  • Abolir la centralisation romaine au profit des églises locales : 2,22/5

À la question « Quelles mesures concrètes attendez-vous de la hiérarchie ? », voici leurs réponses :

 
  • Accueillir pleinement les personnes divorcées remariées : 87 %
  • Ne plus considérer l’homosexualité comme une déviation : 77 %
  • Abolir la richesse, les titres pompeux et les mesures d’apparat de ses représentants : 75 %
  • Rendre le diaconat accessible aux femmes : 70 %
  • Autoriser le mariage des prêtres : 67 %
  • Utiliser les biens de l’institution
    au profit des personnes démunies ou exclues : 66 %
  • Rendre la prêtrise accessible aux femmes : 64 %

Manifestement, ces scores indiquent un consensus fort parmi ces chrétiens. Leurs points de vue sont-ils partagés par l’ensemble des catholiques québécois ? Dans la perspective du prochain synode annoncé par le pape François, ces questions mériteraient de leur être posées.

Ces questions avant tout institutionnelles n’ont toutefois pas empêché les participants de réfléchir à l’action des communautés et à leurs propres attitudes comme croyants. Ils ont été aidés à cet égard par des experts et des témoins de l’action dans l’Église. Il faut espérer que les actes de ce colloque soient rapidement publiés.

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