L’industrie fossile, l’éléphant dans la pièce à la COP26

«Sans une réduction de 6 % par année de la production d’hydrocarbures, il nous sera impossible de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius», avancent les auteurs.
Photo: Annette Riedl Associated Press «Sans une réduction de 6 % par année de la production d’hydrocarbures, il nous sera impossible de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius», avancent les auteurs.

Les délégations internationales convergent à Glasgow pour donner suite à l’Accord de Paris. Il est fort probable qu’il s’agisse encore d’un rendez-vous climatique de bla-bla-bla, comme l’a récemment dénoncé Greta Thunberg. Déjà, l’Accord de Paris n’avait rien de rassurant pour les grévistes du climat. Cherchez les mots « charbon », « pétrole » et « gaz naturel » dans les 28 pages de l’accord, vous ne les trouverez pas… Et pourtant, ils sont responsables de 80 % des émissions accumulées depuis l’ère industrielle. Pourquoi refuse-t-on de reconnaître l’éléphant dans la pièce ? Comme nous l’expliquons dans notre livre Pour une écologie du 99 %, la lutte climatique est une lutte de pouvoir contre une caste économique qui a le contrôle sur l’avenir de la majorité : l’industrie fossile. La COP26 risque d’accoucher d’une souris pour cette raison : aucune force sérieuse n’est encore prête à affronter ce titan. Pourtant, c’est ce qu’il nous faut faire.

L’une des principales mesures qui seront discutées à la COP26 est la même que ce que prévoyait le Protocole de Kyoto signé en 1997 : l’échange de crédits carbone par l’entremise d’un marché mondial. Cela pourrait prendre plusieurs années, ne serait-ce que pour mettre en place les mécanismes de ce marché : ces précieuses années que nous n’avons pas. Pour la justice climatique, gagner lentement, c’est perdre assurément.

Mais, plus encore, il s’agit là d’une mesure bien peu efficace pour réduire rapidement les émissions : en Europe, ce marché aurait réduit les émissions de 0 à 1,5 %, plutôt que les 11 % nécessaires pour assumer la dette climatique de ces pays riches. Le marché du carbone sert aujourd’hui surtout à ce que les pays du Sud compensent les émissions des pollueurs riches du Nord. Ce marché est également aveugle à la nature des réductions d’émissions : une centrale électrique peut obtenir des crédits et faire de l’argent en demeurant dans les carburants fossiles, en passant du charbon au gaz naturel par exemple. De plus, comme tout marché capitaliste, le marché du carbone est soumis aux manipulations des acteurs les plus puissants et reproduit une compréhension simpliste et abstraite de la nature.

Pourquoi persistons-nous dans l’erreur ? Parce que c’est la voie privilégiée par les acteurs les plus puissants et les plus intéressés : les entreprises du charbon, du pétrole et du gaz. Après tout, elles n’ont aucun intérêt à fermer rapidement leurs infrastructures ni à laisser sous terre leurs réserves sans pouvoir réaliser le profit qu’elles représentent. Le Devoir citait récemment Henry Shaw, un responsable d’Exxon, qui déjà, en 1980, disait : « Nous n’allons pas cesser de brûler des combustibles fossiles du jour au lendemain, et nous tourner soudainement vers le solaire ou la fusion nucléaire, etc. Nous allons opérer une transition très raisonnable et progressive des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables. » Quarante ans plus tard, force est de constater que cette transition n’a jamais eu lieu. Maintenant, nous sommes au pied du mur.

Pour un traité de non-prolifération des énergies fossiles

Nous n’avons plus le temps de jouer notre avenir au casino du carbone. La mesure la plus urgente doit viser les armes de destruction massive que représentent les réserves d’hydrocarbures : il faut fermer graduellement l’industrie fossile, en assurant une transition pour les travailleurs et travailleuses du secteur. Sans une réduction de 6 % par année de la production d’hydrocarbures, il nous sera impossible de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius. Si les instances internationales comme la COP peuvent jouer un rôle, cela devrait être de mettre en place des mesures concrètes, en premier lieu une planification coordonnée et équitable de la sortie des carburants fossiles. Après avoir établi des budgets carbone ajustés en fonction de la responsabilité historique des pays et une redistribution de la richesse au profit des pays les plus lourdement affectés par la crise, il faut tabler sur l’idée d’un traité de non-prolifération des combustibles fossiles. Les pays ont déjà réussi à s’entendre pour limiter leur puissance nucléaire, mais cela demande des engagements mutuels, un plan de désescalade et des mesures contraignantes.

Pour le moment, tant que la principale mesure discutée sera le marché du carbone, nous pouvons être sûrs que nous nous dirigerons vers un dangereux réchauffement planétaire. En attendant que les gouvernements s’engagent à fermer l’industrie fossile, le mouvement pour la justice climatique doit compter sur sa force de mobilisation pour rompre la dépendance sociale aux carburants fossiles.

Pour cela, nous avons besoin de construire une écologie du 99 % qui multiplie les grèves climatiques et qui réussit à rallier en dehors des écoles et des universités. Face à l’industrie fossile, la solidarité et la démocratie seront nos meilleures armes. Face aux catastrophes climatiques, elles seront aussi nos meilleurs boucliers.

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