L’école pour la liberté, contre l’obscurantisme

Les ministres Jean-Michel Blanquer (à gauche) et Jean-François Roberge
Photo: Gouvernement du Québec Les ministres Jean-Michel Blanquer (à gauche) et Jean-François Roberge

Comme l’ont rappelé récemment plusieurs médias à travers le monde, des livres jeunesse, notamment des Tintin et des Lucky Luke, ont été brûlés puis enterrés en Ontario, au Canada, au cours d’une « cérémonie de purification par la flamme », parce qu’ils véhiculaient une image jugée négative et erronée des peuples autochtones.

Nous assistons depuis trop longtemps aux dérives liées à la culture de l’annulation (« cancel culture »), une idéologie et des méthodes directement importées de certains campus universitaires américains et qui sont à mille lieues des valeurs de respect et de tolérance sur lesquelles se fondent nos démocraties. Le bannissement de personnalités, de spectacles et de conférences, le harcèlement sur les médias sociaux, la censure, l’assujettissement de la science à l’idéologie, l’effacement de l’Histoire jusqu’à l’autodafé de livres constituent autant d’assauts portés contre la liberté d’expression et le sens civique, qui nous ramènent aux temps les plus obscurantistes de nos sociétés occidentales.

Par ses excès et ses outrances, cette mouvance constitue un terreau fertile pour tous les extrêmes qui menacent la cohésion de nos sociétés. Le refus de mettre en question ses croyances et ses certitudes, d’être confronté ou même seulement exposé à des points de vue opposés, témoigne d’un recul inquiétant de l’esprit démocratique. D’où provient ce malaise grandissant face aux débats et au dialogue, qui sont pourtant au cœur de nos délibérations citoyennes, et donc de notre démocratie ? De quoi résulte cette perte de repères qui abandonne nos concitoyens dans un état de vulnérabilité devant des courants radicaux issus d’un militantisme délétère et déconnecté de nos réalités ? Ce phénomène frappe autant la France que le Québec.

Devant ce constat, il est plus que jamais nécessaire de réfléchir au rôle de l’éducation en démocratie. Nous avons le devoir de préparer notre jeunesse à l’exercice d’une citoyenneté active, respectueuse et éclairée. Une citoyenneté qui laisse place au débat, aux opinions d’autrui, à la confrontation des idées et à la remise en question de toutes nos croyances.

Sans contrepoids à l’influence pernicieuse de la culture de l’intolérance et de l’effacement, les valeurs démocratiques — liberté d’expression, égalité, laïcité — qui nous unissent risquent inévitablement de s’affaiblir. L’effritement du pacte qui unit la communauté nationale est en jeu.

En tant que ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports de la France et ministre de l’Éducation du Québec, nous souhaitons garantir aux jeunes un socle commun de connaissances, de compétences et de principes fondés sur des valeurs universelles. Nous voulons préserver ce socle sur lequel sont érigées nos sociétés démocratiques.

C’est pourquoi nous affirmons avec force et conviction que l’école, rempart primordial contre l’ignorance et l’obscurantisme, doit être le lieu privilégié de la construction d’un projet civique commun partagé.

Le Québec et la France organiseront une rencontre de jeunes pour débattre de ces questions aux côtés d’intellectuels. Nous devons à tout prix lutter contre la radicalisation des prises de position ainsi que contre la culture de l’intolérance et de l’effacement. Nous devons continuer à nous battre pour défendre le dialogue démocratique, comme une forme de conversation civique apaisée qui ne saurait exister sans la liberté d’opinion et d’expression.

Ce n’est pas en renonçant à être qui nous sommes ni en ignorant d’où nous venons, comme le professent les « assassins de la mémoire », que nous pourrons célébrer le progrès et nous projeter vers l’avenir.

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