Partager la manne du FMI avec les pays moins nantis

«L’ensemble des pays très pauvres recevra à peine 26 milliards de dollars, soit un peu plus qu’un petit pays comme le Canada», écrivent les auteurs.
Photo: Simon Maina Agence France-Presse «L’ensemble des pays très pauvres recevra à peine 26 milliards de dollars, soit un peu plus qu’un petit pays comme le Canada», écrivent les auteurs.

Difficile à imaginer, mais le Canada vient de s’enrichir, presque en cachette, de 19 milliards de dollars.

En effet, en août dernier, en raison de la crise de la COVID-19, le Canada a reçu du Fonds monétaire international (FMI) cette somme sous la forme d’un actif spécial appelé droits de tirage spéciaux (DTS), qui a été placé dans nos réserves internationales. Cela fait partie d’une allocation record de 650 milliards de dollars américains de DTS, injectée dans l’économie mondiale afin de faire face aux dommages causés par la pandémie.

La semaine dernière, la ministre Chrystia Freeland était à Washington pour discuter avec les autres ministres des Finances du G20 de la meilleure manière d’utiliser cette manne pour relancer l’économie mondiale, entre autres.

Les DTS peuvent être utilisés pour renforcer les réserves internationales d’un pays ou être échangés contre de vraies devises pour acheter des biens comme des vaccins ou des équipements de protection individuelle. Les pays en développement utilisent déjà cette nouvelle marge de manœuvre financière qui leur faisait cruellement défaut. À Madagascar, les nouveaux DTS seront utilisés pour répondre à la crise sanitaire et à la relance économique ; au Sénégal, ils serviront à renforcer le système de santé et à augmenter la protection sociale.

Passer à l’action

Le Canada, par contre, ne risque pas d’utiliser ces nouvelles ressources, car nos réserves internationales, comme celles des autres pays riches, étaient déjà surapprovisionnées avant que cette « manne » nous tombe du ciel. Et c’est là l’absurde de la situation : si tous les pays membres du FMI ont reçu ce soutien financier sans précédent, seule une très petite part est allée aux pays très pauvres, parce que l’allocation s’est faite selon la taille des économies. En fait, l’ensemble des pays très pauvres recevra à peine 26 milliards de dollars, soit un peu plus qu’un petit pays comme le Canada.

Avec une vaccination généralisée, le Canada est déjà en train de se remettre sur pied. Mais dans les pays à faible revenu, les investissements ont chuté, et on estime que 65 à 75 millions de personnes supplémentaires dans le monde sont tombées dans la pauvreté extrême.

C’est pourquoi les dirigeants du G7 ont conclu que sur les 650 milliards de DTS, 100 milliards devraient être recyclés des pays les plus riches aux pays les plus pauvres. Ce devrait être un minimum. Si le Canada recyclait, pour commencer, 25 % des nouveaux DTS reçus, cela permettrait de débloquer jusqu’à 4,7 milliards de dollars canadiens, ce qui équivaut approximativement aux deux tiers du budget d’aide du Canada, sans que celui-ci s’appauvrisse. L’effet sur les pays en développement serait énorme, et nous coûterait en effet très peu, en proportion. Par exemple, si le Canada prêtait ses DTS à d’autres pays sans intérêt, le seul coût direct pour nous serait un petit montant d’intérêt payé au FMI, qui s’élèverait environ à 24 millions de dollars aux taux actuels.

Alors que nous venons de célébrer la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le 17 octobre, il est bon de nous rappeler que nous avons l’occasion d’agir plutôt que de nous cantonner dans les platitudes. Le président Macron a donné le ton en s’engageant à ce qu’un cinquième de la nouvelle allocation de DTS de la France soit recyclée, et il a été suivi cette semaine par le Royaume-Uni, qui a pris également un engagement de 20 %. C’est au tour du Canada de passer à l’action.

Après tout, les droits de tirage spéciaux ont été inventés pour financer un plan Marshall en cas de jours sombres pour l’économie mondiale. Avec la pandémie, le monde n’a pas connu de jours aussi sombres depuis près d’un siècle. Il est temps de mettre le plan en marche.

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