Le patrimoine a besoin de résultats concrets

On trouve  à Montréal et dans la région métropolitaine une concentration d’éléments patrimoniaux exceptionnelle  à l’échelle  du Québec  et du Canada,  et remarquable à l’échelle internationale, comme ici, l’ancien hôpital Royal Victoria.  Le maintien et  la requalification d’édifices de  ce type y posent un défi énorme, estiment les auteurs, défi auquel on ne peut s’attaquer sans vision globale  ou outils aptes  à donner  des résultats.
Valérian Mazataud Le Devoir On trouve à Montréal et dans la région métropolitaine une concentration d’éléments patrimoniaux exceptionnelle à l’échelle du Québec et du Canada, et remarquable à l’échelle internationale, comme ici, l’ancien hôpital Royal Victoria. Le maintien et la requalification d’édifices de ce type y posent un défi énorme, estiment les auteurs, défi auquel on ne peut s’attaquer sans vision globale ou outils aptes à donner des résultats.

À l’approche des élections municipales, on doit rappeler aux équipes et aux candidats en lice que le patrimoine bâti et le paysage exigent bien plus que leurs bonnes intentions. Que les futures administrations le veuillent ou pas, ces thèmes touchent autant à l’identité des communautés et de leurs milieux de vie qu’à la question très actuelle du développement durable. Ils sont incontournables, notamment du fait des nouvelles obligations légales des municipalités en matière de patrimoine culturel à la suite de l’audit de la vérificatrice générale du Québec.

C’est tout particulièrement le cas à Montréal et dans la région métropolitaine, où se trouve une concentration d’éléments patrimoniaux qui est exceptionnelle à l’échelle du Québec et du Canada, et remarquable à l’échelle internationale. Le maintien et la requalification de nombreux édifices et ensembles patrimoniaux y posent un défi énorme, auquel on ne peut s’attaquer sans vision globale, responsabilité, outils ou façons d’agir aptes à donner des résultats.

Qu’il s’agisse du sort de nombreuses maisons villageoises, des shoebox ou de l’ancienne résidence Fulford, de propriétés publiques désaffectées comme l’Hôtel-Dieu, l’hôpital Royal Victoria, l’ONF ou le « vieux pen » de Saint-Vincent-de-Paul, d’églises abandonnées, comme la magnifique Saint-Clément de Viauville, de la Molson, de la Canada Malting et d’autres ensembles industriels, du parc Jean-Drapeau, de projets gouvernementaux controversés, dont le REM et l’expansion du port, ou encore de la densification débridée qui menace les rives, le centre-ville autant que les quartiers authentiques et d’anciennes cités-jardins, telle Hampstead, les enjeux de patrimoine, de paysage et d’aménagement ne manquent pas !

Il faut aussi résoudre le manque fréquent de vision claire sur la mise en valeur du territoire, ce patrimoine commun bien trop souvent gaspillé au profit de projets et d’investissements à la pièce, indifférents aux valeurs d’une planification urbaine digne du XXIe siècle. Au lieu de quelques énoncés généraux, les plans et les règlements d’urbanisme ainsi que les stratégies de développement économique, de transition écologique, de mobilité ou de qualité architecturale doivent véritablement tenir compte du patrimoine et en tirer parti.

Les futures administrations à Montréal et dans la région métropolitaine doivent s’engager à agir pour faire face aux défis que leur lancent le patrimoine et les paysages. Nous retenons quatre priorités :

Soutenir les propriétaires de maisons et de bâtiments patrimoniaux dans leur maintien, leur restauration et leur mise en valeur. Cela demande d’appliquer tant des conseils professionnels que des mesures fiscales ou financières, sans oublier la valorisation des savoir-faire et métiers nécessaires à ces travaux.

Se donner les moyens de mener à bien des projets de requalification d’ensembles patrimoniaux dont la population sera fière.Les municipalités se confinent trop souvent dans un rôle de réglementation ou de gestionnaire, laissant l’initiative aux promoteurs et aux gouvernements. En 1981, les autorités de Québec et de Montréal s’unissaient pour former la Société immobilière du patrimoine architectural (SIMPA), instance parapublique qui a réalisé des projets avant-gardistes comme la conversion mixte du monastère du Bon Pasteur. Avec tout le patrimoine institutionnel orphelin ou en désaffectation, il faut une SIMPA du XXIe siècle. Tout autant, la Ville de Montréal doit se doter d’une véritable direction du patrimoine capable de traiter efficacement avec les arrondissements, mais également avec les responsables de l’urbanisme, de la culture, de l’habitation, des parcs et de la transition écologique.

Optimiser les outils et les procédures d’aménagement et d’urbanisme pour favoriser la mise en valeur et la requalification du patrimoine et des paysages. La mise à jour tant du Plan d’urbanisme de Montréal, qui remonte à 1992 et 2004, que du Plan métropolitain d’aménagement et de développement de 2012 et la future Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires sont autant d’occasions à saisir pour adopter une vision cohérente, crédible et novatrice, digne du XXIe siècle. Tout comme les stratégies de logement ou de développement durable pour lesquelles la requalification de bâtiments patrimoniaux, libérée du préjugé favorable au neuf aux dépens du « déjà-bâti », offre une avenue intelligente à prioriser.

Renforcer la collaboration et laconcertation entre municipalités, population et milieux scientifiques, économiques et professionnels pour mieux agir. La riche expérience des tables de concertation dans plusieurs quartiers et au mont Royal doit être partagée à l’échelle de la communauté métropolitaine tout entière : pour relever le défi du patrimoine religieux et de la mise en valeur des collines montérégiennes, par exemple. Il faut aussi des mécanismes de suivi annuel et public réunissant dirigeants et organismes en patrimoine pour mieux avancer ensemble.

Les futures administrations municipales devront exercer leurs nouveaux pouvoirs au service de la collectivité, avec intelligence et innovation. Héritage Montréal, qui aura 50 ans à la fin de leur prochain mandat en 2025, sera là pour le leur rappeler.

Au-delà des bonnes intentions, le patrimoine a besoin de résultats concrets, fruit d’un « réflexe patrimoine » à implanter et d’une mobilisation de l’intelligence collective. Car s’il constitue un legs du passé, sa mise en valeur demande un développement urbain et des solutions d’avenir, fondés moins sur la démolition et davantage sur l’adaptation.

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