Pour un appui critique à Projet Montréal

Selon l’auteur, les seules options viables, d’un point de vue écologiste et progressiste, consistent à soutenir de façon critique l’administration Plante ou à voter pour d’autres candidats de gauche qui se présenteraient sous d’autres bannières en novembre 2021.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon l’auteur, les seules options viables, d’un point de vue écologiste et progressiste, consistent à soutenir de façon critique l’administration Plante ou à voter pour d’autres candidats de gauche qui se présenteraient sous d’autres bannières en novembre 2021.

En vue des élections municipales de 2021, une question majeure s’impose aux Montréalais et Montréalaises ayant à cœur l’écologie et la justice sociale : faut-il appuyer ou non le parti Projet Montréal ? La réponse ne va pas de soi. […]

D’un côté, il faut reconnaître que, sur le plan écologique, Projet Montréal a bel et bien mis en œuvre plusieurs éléments de sa plateforme, comme l’instauration de nombreuses mesures de mobilité durable (accroissement substantiel de la flotte d’autobus, projet d’extension de la ligne bleue du métro et gains sur le projet de ligne rose, création du Réseau express vélo). S’y ajoutent la création du Grand parc de l’Ouest, l’adoption d’un plan sur le climat visant la carboneutralité en 2050, ou encore la création d’un Bureau de la transition écologique et de la résilience.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue Relations, automne 2021, numéro 814.

Sur le plan des mesures sociales et démocratiques, l’administration Plante n’a pas hésité à prendre position contre le projet de loi 21, à reconnaître l’existence du racisme systémique et à créer un poste de commissaire pour le combattre. Elle a aussi adopté un règlement visant à favoriser le logement social et abordable (mieux connu sous le nom de « règlement 20-20-20 »), soutenu activement les personnes en situation d’itinérance durant les premiers mois de la pandémie, tout en multipliant les budgets participatifs dans certains arrondissements et dans la ville-centre.

Ligne sociale-libérale

De l’autre côté, Projet Montréal a adopté la ligne « sociale-libérale » qui combine des mesures sociales et écologiques à une politique économique relativement orthodoxe et capable de s’accommoder du statu quo néolibéral. […] La déception de la mairesse quant au fait qu’Amazon n’implante pas son deuxième siège social à Montréal et son accueil enthousiaste d’entreprises du secteur de l’intelligence artificielle laissent transparaître une vision économique basée sur ledit « capitalisme numérique, vert et inclusif ».

Si on ajoute à cela les allégations de concentration du pouvoir au sein du cabinet de la mairesse, le refus de l’administration Plante de définancer la police, l’expulsion brutale des campeurs sans-logis de la rue Notre-Dame et ses gestes timides en matière de régulation de la spéculation immobilière, il semble y avoir plusieurs raisons de douter du caractère « progressiste » de Projet Montréal une fois l’épreuve du pouvoir passée.

Un appui stratégique ?

Ainsi, faut-il lui accorder un second mandat ? […] Deux options doivent à mes yeux être éliminées d’emblée : l’appui sans réserve au parti, tout comme l’abstention par amère déception. La première option me semble sous-estimer les incohérences et les faux pas commis lors du premier mandat, alors que la seconde me semble trop intransigeante et susceptible d’ouvrir la voie à une administration qui a de fortes chances d’être pire, si l’on se fie au bilan des années Coderre.

Chose certaine, on peut aisément prévoir qu’un retour en force de Denis Coderre, avec son look rajeuni et une campagne largement appuyée parl’establishment économique et médiatique, sera facilité si l’électorat progressiste ne vote pas aux prochaines élections. Notons à ce titre que le tropisme pro-Coderre des grands médias est apparent depuis l’hiver dernier, si l’on se fie à la couverture du journal La Presse […] et aux chroniqueurs de la droite populiste du Journal de Montréal, qui font de Valérie Plante l’archétype de la politicienne woke favorable à la « gauche diversitaire » et à l’anglicisation accélérée de Montréal.

Les seules options viables, d’un point de vue écologiste et progressiste, consistent donc à offrir un appui critique à Projet Montréal ou à voter pour d’autres candidats de gauche qui se présenteraient sous d’autres bannières en novembre 2021. En théorie, il serait possible d’avoir le meilleur des deux mondes avec une victoire de Plante à la mairie (qui éviterait le retour de Coderre) et une multitude de victoires écologistes dans plusieurs arrondissements et dans une foule de municipalités et régions du Québec, notamment grâce à l’initiative de la Vague écologiste au municipal. Ce réseau panquébécois de soutien àl’émergence de candidatures écologistes, créé en vue des prochaines élections, pourrait accroître le poids politique des municipalités ayant à cœur la transition sociale et écologique, y compris l’administration Plante à Montréal, qui s’en trouverait moins isolée à l’échelle québécoise.

Dans tous les cas, l’action de la gauche ne doit évidemment pas se limiter à un simple X sur un bulletin de vote. Sans une gauche réellement organisée à l’extérieur de la scène électorale, travaillant activement à la convergence entre les luttes féministes, antiracistes, écologistes, décoloniales et anticapitalistes, un second mandat de Projet Montréal sera insuffisant pour changer la donne. […] L’objectif est donc moins de choisir un « gouvernement municipal idéal » que de se choisir le meilleur interlocuteur sur lequel on pourra faire pression pour accélérer le changement social.

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