Une promesse pour la crise climatique

«Malgré une remarquable convergence autour d’un large tronc commun de solutions climatiques, aucun parti politique n’a encore pris la pleine mesure du péril auquel nous sommes confrontés», affirme l'auteur.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne «Malgré une remarquable convergence autour d’un large tronc commun de solutions climatiques, aucun parti politique n’a encore pris la pleine mesure du péril auquel nous sommes confrontés», affirme l'auteur.

Les dernières élections générales auront permis aux partis politiques d’actualiser leurs engagements face à la crise climatique qui déferle violemment sur nous. Malgré une remarquable convergence autour d’un large tronc commun de solutions climatiques — avec quelques nuances de style et d’emphase —, aucun parti politique n’a encore pris la pleine mesure du péril auquel nous sommes confrontés. Aucune de leurs promesses ne s’apparente aux gestes immédiats et décisifs dont nous avons dorénavant besoin… sauf une, passée largement sous le radar et qui, si elle était mise en œuvre au cours des prochains mois, changerait complètement la donne en matière de réduction d’émissions de GES au Canada. Cette promesse vise à imposer un plafonnement des émissions au secteur pétrolier et gazier, et à les réduire de force jusqu’à ce que, au net, il n’y en ait plus du tout.

Des engagements partagés

Les promesses néodémocrates, libérales, bloquistes, vertes et même conservatrices reconnaissent toutes les changements climatiques comme un enjeu majeur pour l’électorat canadien. Elles mettent aussi en avant un ensemble de solutions largement partagées : la fixation de cibles de réduction plus ou moins ambitieuses, des objectifs sectoriels chiffrés pour l’électrification des transports, la conversion écoénergétique des bâtiments et le rétablissement de milieux naturels à des fins de captation et d’adaptation. Surtout, elles font consensus sur l’imposition d’une tarification du carbone comme mesure légitime visant à réduire les émissions. Certes, les plateformes électorales diffèrent les unes des autres, mais avec des nuances qui apparaissent bien davantage comme de petites touchent illustrant les sensibilités de chacun.

Malgré cette convergence, il n’en demeure pas moins que la classe politique canadienne n’est toujours pas à la hauteur du défi : les changements climatiques courent plus vite que notre capacité d’imaginer des solutions pour les contrer. Après des années de politiques molles, les effets de nos efforts doivent se faire dès maintenant, pas dans 5 ou 15 ans.

À cet égard, on ne répétera jamais assez que le dernier rapport du GIEC sur l’état des connaissances scientifiques sur les changements climatiques est alarmant, au point que le secrétaire général des Nations unies sonne lui-même « l’alerte rouge » et indique la seule voie à suivre pour ceux qui prennent l’enjeu au sérieux :

« Ce rapport doit sonner le glas du charbon et des combustibles fossiles, avant qu’ils ne détruisent notre planète… Les pays doivent également mettre fin à toute nouvelle prospection et production de combustibles fossiles et réorienter les subventions accordées aux combustibles fossiles vers les énergies renouvelables. »

Ces propos, associés aux seuls écolos il y a quelques années à peine, sont devenus une telle évidence que des solutions inconcevables naguère font maintenant irruption dans les discours et les plateformes politiques.

Par un dimanche de campagne

C’est ainsi que, en campagne dans le sud de l’Ontario, Justin Trudeau s’engageait à plafonner les émissions du secteur pétrolier et gazier – principales sources de la croissance des émissions canadiennes — et à les réduire de force jusqu’à ce que le secteur n’émette plus rien du tout, au net, d’ici 2050. « Les émissions du secteur n’augmenteront plus. Elles diminueront d’année en année », a promis le premier ministre.

Pour la première fois, on ne cherche plus à subventionner les entreprises pour qu’elles en fassent plus ou encore à resserrer quelques normes par-ci, par-là. L’État canadien, au contraire, est maintenant appelé à imposer la marche à suivre. C’est un changement de cap majeur pour un parti au pouvoir, changement que facilite le récent jugement de la Cour suprême sur la constitutionnalité de l’imposition d’une tarification du carbone à travers le Canada par le gouvernement fédéral.

Bien entendu, le diable est dans les détails. Quelle sera l’année de base à partir de laquelle les émissions seront plafonnées ? De combien seront abaissées les émissions, et à quelle vitesse ? Permettra-t-on des échappatoires aux entreprises ? Les façons d’édulcorer cet engagement sont multiples.

N’empêche, cette promesse libérale est bel et bien radicale, au sens où elle s’attaque au principal obstacle à la lutte contre les changements climatiques au Canada, à savoir la volonté de tout un secteur de poursuivre sa croissance au détriment du bien commun. Ne croyant plus — avec raison — à la volonté de l’industrie de prendre d’elle-même le chemin de la décarbonisation, le nouveau gouvernement Trudeau a maintenant l’occasion de se faire pardonner six ans de politiques climatiques incohérentes.

On verra dans les prochains mois si cette promesse vaut les pixels sur lesquels elle a été rédigée. Mais parce qu’elle marque une rupture nette avec le passé, elle mérite d’être largement soutenue et de devenir la priorité environnementale du gouvernement.

Et pour qu’elle fonde enfin, et de façon irrémédiable, la trajectoire du Canada vers la carboneutralité. 

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