La quête de qualité éducative dans le marché scolaire

«À l’heure actuelle, on continue de séparer symboliquement les élèves et de les hiérarchiser en fonction de leur profil scolaire, lui-même souvent corrélé aux caractéristiques sociales des parents», écrit l'autrice.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse «À l’heure actuelle, on continue de séparer symboliquement les élèves et de les hiérarchiser en fonction de leur profil scolaire, lui-même souvent corrélé aux caractéristiques sociales des parents», écrit l'autrice.

La période automnale est propice aux visites dans les écoles secondaires du Québec. En effet, un bon nombre de parents, spécialement dans les grandes villes où l’offre d’écoles secondaires est abondante, se précipitent sur les « journées portes ouvertes » afin de voir et de connaître les établissements « de l’intérieur ».

D’après une récente étude (Castonguay-Payant, 2020), plusieurs de ces parents sont préoccupés par la « qualité » des services d’éducation, une qualité évaluée sur des critères visibles que les parents espèrent percevoir grâce à ces visites (état du bâtiment, climat social, public d’élèves, activités, enseignants, etc.). La quête de la qualité de l’éducation pousse plusieurs parents des classes moyenne et supérieure à « choisir l’école » et agit comme moteur des marchés scolaires. Ce désir de choisir l’école secondaire de leur enfant est généralement exprimé en réaction au programme régulier de l’école publique de quartier, qu’ils jugent plutôt médiocre et qu’ils souhaitent souvent éviter ou contourner.

Si plusieurs parents des classes moyenne et supérieure peuvent se prévaloir de la possibilité de choisir l’école secondaire de leurs enfants, il est pertinent de rappeler qu’en réalité, ce sont les établissements scolaires qui admettent les élèves qu’ils souhaitent voir entrer par la grande porte.

L’objectif est fort simple : retenir l’attention des parents d’élèves dits « talentueux » et les mettre en concurrence entre eux. Différents mécanismes de sélection nourrissent cette concurrence, qui sont, pratiquement en tout temps, fondés sur la performance scolaire (dossier général, audition, test d’admission, etc.). Même le tirage au sort parmi « les meilleurs » peut constituer une forme de sélection sur la base de la performance, car seuls les élèves qui détiennent des notes au-delà d’un certain seuil font ultimement partie du bassin de sélection. L’idée du « premier arrivé, premier servi » rassemble également les parents en mesure de se déplacer, de déchiffrer le fonctionnement du système scolaire, de poser des actions pour y inscrire leurs enfants, bref des parents possédant généralement des ressources facilitantes.

Le bulletin des écoles

En admettant uniquement des élèves à fort potentiel, ces établissements scolaires peuvent alors se concentrer sur l’amélioration de leurs indicateurs de performance, comme le taux de réussite ou de diplomation. Cela se reflète ultimement sur le bulletin des écoles (également appelé « palmarès ») et sur l’homogénéisation des profils d’élèves admis dans les écoles privées et dans les programmes publics particuliers sélectifs. Cela constitue l’un des facteurs nuisant à la mixité sociale et scolaire pourtant nécessaire à la vie démocratique. Il a d’ailleurs été démontré de longue date que la mixité sociale et scolaire est pertinente au vivre ensemble et bénéficie au plus grand nombre, même aux enfants dits doués. À l’heure actuelle, on continue de séparer symboliquement les élèves et de les hiérarchiser en fonction de leur profil scolaire, lui-même souvent corrélé aux caractéristiques sociales des parents.

Une politique de valorisation

Le moment est maintenant venu de mettre en place une véritable politique de valorisation du « programme régulier » et de mixité sociale et scolaire dans toutes les écoles secondaires québécoises, et d’encourager le côtoiement des enfants, doués ou non, grands ou petits, aux cheveux de toutes les couleurs, handicapés, en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation, atteints de différents problèmes neurologiques, comme le trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H). Surtout, il est grand temps de cesser d’utiliser le qualificatif « clientèle scolaire » pour désigner les élèves, car ce sont d’abord et avant tout des enfants dont le seul rôle est de grandir et d’apprendre, et non de servir de courroie de transmission entre le marché scolaire et leurs parents.

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