Le Canada doit ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires

«De plus en plus, l’idée d’une guerre à venir entre les États-Unis et la Chine prend place dans le discours public, une perspective d’une irresponsabilité et d’une inconscience totales, au vu des conséquences possibles», écrivent les auteurs.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse «De plus en plus, l’idée d’une guerre à venir entre les États-Unis et la Chine prend place dans le discours public, une perspective d’une irresponsabilité et d’une inconscience totales, au vu des conséquences possibles», écrivent les auteurs.

Le 26 septembre est la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires, un objectif d’une importance capitale dans la période extrêmement dangereuse que nous traversons. En effet, la confrontation militaire qui se profile entre les États-Unis et la Chine — deux puissances nucléaires — n’est surtout pas à prendre à la légère. Elle doit à tout prix être évitée, car elle pourrait anéantir une partie importante de l’humanité, voire menacer sa survie même. Alors que les États-Unis font pression sur leurs alliés pour qu’ils adoptent une posture plus agressive vis-à-vis de la Chine, y compris sur le plan militaire, le Canada doit refuser et poser le geste responsable de ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

Le risque des armes nucléaires

Il est connu depuis longtemps qu’une guerre nucléaire, selon son ampleur, causerait de dizaines ou des centaines de millions de victimes immédiates. Les modèles climatiques les plus récents confirment aussi ce qui a été appréhendé dès les années 1980, à savoir qu’une guerre nucléaire engendrerait des changements climatiques durables pouvant plonger une grande partie de l’humanité dans la famine.

Ces risques ne sont ni théoriques ni improbables.

D’une part, nous sommes déjà passés très près de la catastrophe à plusieurs reprises, notamment lors de la crise des missiles de Cuba en 1962 et lors de l’exercice militaire Able Archer en 1983. Tout récemment, en octobre et en janvier derniers, la Chine aurait cru à une attaque imminente de la part des États-Unis et le chef d’État-major étasunien Mark Milley — qui redoutait aussi que Trump ne déclenche une attaque nucléaire ! — aurait secrètement téléphoné à son vis-à-vis chinois pour le rassurer à cet égard.

D’autre part, plusieurs traités balisant les armes nucléaires ou permettant des survols de vérification réciproque sont maintenant caducs, et une nouvelle course aux armements bat son plein.

Une nouvelle guerre froide… qui se réchauffe dangereusement

En 2010, sous Obama, les États-Unis ont décidé de « moderniser » tout leur arsenal nucléaire : nouvelles armes nucléaires, nouveaux missiles, nouveaux sous-marins et bombardiers stratégiques. En 2018, sous Trump, ce programme fut confirmé et élargi, pour un coût estimé de 1200 milliards de dollars sur 30 ans. Le président Biden poursuit dans la même veine. De leur côté, la Russie et la Chine ont emboîté le pas et ont aussi lancé des plans de « modernisation » de leurs arsenaux nucléaires.

Depuis quelques années, nous assistons à la mise en œuvre d’une nouvelle guerre froide de la part des États-Unis, qui se manifeste dans un discours antagonisant de plus en plus la Chine et la Russie sur nombre de questions : technologie 5G, traitement des Ouïghours, Hong Kong et Taiwan, pour la première ; Crimée, est de l’Ukraine, ingérence dans les élections étasuniennes et traitement des opposants, pour la seconde.

Ce qui est plus inquiétant encore, c’est que cette rhétorique de confrontation s’accompagne des exercices militaires de l’OTAN les plus importants depuis la fin de la guerre froide, aux portes mêmes de la Chine et de la Russie et d’une nouvelle Stratégie de défense nationale (SDN) des États-Unis qui a substitué à la « guerre contre le terrorisme » une nouvelle priorité : la concurrence stratégique avec la Chine et la Russie. En novembre 2020, les recommandations du Groupe de réflexion de l’OTAN sont allées dans le même sens. Puis, en mars 2021, le Royaume-Uni a adopté les mêmes orientations, annonçant également une hausse de 45 % du plafond de ses ogives nucléaires. Il y a quelques jours, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie révélaient leur nouveau partenariat stratégique « pour contrer la Chine », y compris la fourniture de sous-marins étasuniens à propulsion nucléaire à l’Australie, qui annulait du même coup son contrat avec la France d’une valeur de 84 milliards de dollars canadiens.

De plus en plus, l’idée d’une guerre à venir entre les États-Unis et la Chine prend place dans le discours public, une perspective d’une irresponsabilité et d’une inconscience totales, au vu des conséquences possibles. Des officiels du Pentagone allant même jusqu’à affirmer que la question n’est pas de savoir SI une telle guerre aura lieu, mais QUAND !

Que devrait faire le Canada ?

Pour que le Canada joue un rôle positif face à cette spirale menaçante, il devrait se dissocier de cette propagande guerrière et intervenir fortement pour calmer le jeu, en faisant valoir qu’aucun enjeu économique ou stratégique ne vaut qu’on risque la vie d’une grande portion de l’humanité, voire sa survie même. De façon plus circonscrite et immédiate, le Canada devrait renoncer à la politique nucléaire de l’OTAN et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), comme le souhaitent 74 % des Canadiens et des Canadiennes.

Le Canada porte une grande responsabilité dans la genèse et la persistance du péril nucléaire. Impliqué dans la mise au point des premières bombes atomiques, il a ensuite vendu suffisamment d’uranium aux États-Unis et au Royaume-Uni pour fabriquer 15 000 bombes nucléaires. Depuis, le Canada a continué à défendre la thèse de l’OTAN selon laquelle les armes nucléaires sont indispensables à la sécurité et à la défense de ses pays membres.

Depuis des décennies, le Canada soutient en paroles l’élimination mondiale des armes nucléaires, tout en s’opposant aux mesures concrètes pour atteindre cet objectif. C’est ainsi qu’en 2016, il a voté contre la résolution de l’ONU établissant le processus qui a conduit au TIAN et, comme 28 des 29 pays membres de l’OTAN, il a ensuite boycotté ce processus et refusé de ratifier le Traité. S’il veut contribuer à freiner la folie actuelle, le Canada doit changer de cap et appuyer le TIAN.

Malheureusement, tout comme pour la crise climatique, il y a peu de chances qu’un gouvernement canadien adopte les mesures que la situation exige sans que des mobilisations citoyennes importantes et soutenues l’y forcent.

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