Paulo Freire, un pilier en éducation populaire

Des ouvrages de Paulo Freire, dans une bibliothèque publique de Rio de Janeiro, au Brésil. 
Photo: Silvia Izquierdo Associated Press Des ouvrages de Paulo Freire, dans une bibliothèque publique de Rio de Janeiro, au Brésil. 

L’éducation populaire a transformé le Québec. Avec les luttes citoyennes des années 1960 et 1970, elle a permis à nombre de personnes des milieux québécois les plus modestes d’apprendre à s’organiser, à s’exprimer et à revendiquer. Lorsque fut diffusée au Québec l’approche de Freire, qu’il a développée au Brésil pour alphabétiser les plus pauvres, elle a vite conquis ici les faveurs des personnels enseignants en éducation des adultes les plus engagés.

Le 19 septembre, on a souligné le 100e anniversaire de Paulo Freire. Son influence se voit partout sur la planète, alors que des centaines d’organismes du Nord comme du Sud développent des pratiques éducatives de conscientisation. Aujourd’hui, les pédagogies critiques se sont diversifiées pour inclure les approches féministes, antiracistes, décoloniales et à la citoyenneté mondiale.

Son premier livre, qui les a fait connaître, lui et sa méthode, s’intitule La pédagogie des opprimé·es. Il a été réédité au Québec cette année, 47 ans après la première parution en français aux Éditions Maspero. Selon une recherche de 2016, l’ouvrage se classe au troisième rang parmi les livres les plus souvent cités dans le domaine des sciences humaines et sociales. C’est évidemment en Amérique latine que les pratiques éducatives inspirées de Freire se sont développées. D’ailleurs, les commémorations qui y auront lieu se veulent une réponse à l’offensive idéologique des courants les plus rétrogrades de la société latino-américaine, qui sont au pouvoir au Brésil, en Colombie et ailleurs.

Freire s’est fait connaître au Québec dès 1970 à travers les réseaux de l’éducation des adultes et de l’alphabétisation populaire. On trouve aussi son influence en travail social, notamment dans le Collectif québécois de conscientisation, de même que dans les organismes de coopération et de solidarité internationale. C’est ainsi que l’approche de Freire s’est bien implantée dans les organismes québécois d’éducation populaire et d’action communautaire autonome.

Aujourd’hui, beaucoup de ces mouvements sont sous pression à cause des compressions et de la pandémie. Comme l’éducation populaire s’oppose aux visions néolibérales basées sur la performance, les organisations sont poussées à privilégier une perspective d’insertion et de renforcement des capacités, qui sont bien sûr nécessaires. La mobilisation populaire en vue d’une transformation collective est absolument nécessaire. Le confinement a supprimé les contacts en présence et créé des contraintes énormes pour l’engagement social, sans compter l’accroissement des moyens et des compétences techniques.

Toutefois, le choc des défis climatiques crée des perspectives nouvelles d’action citoyenne, aux antipodes des courants complotistes. Comme c’est le cas pour l’ensemble de la société, l’ampleur des défis environnementaux a secoué les mouvements communautaires et d’éducation populaire, qui sont amenés à se renouveler et à s’unir.

Les pédagogies critiques demandent de décoder la réalité et de prendre conscience des inégalités, des injustices et des rapports de pouvoir. En prendre connaissance et les comprendre sont une chose, en prendre conscience et agir en conséquence en est une autre. Comme le disait Freire, on peut instruire les gens à la réalité des injustices, mais la seule transmission des connaissances ne transforme pas les sociétés. Ce sont les gens qui la transforment.

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