Des obstacles au parrainage des réfugiés afghans

«Même si le parrainage collectif ne représente qu’une réponse limitée devant l’ampleur des déplacements forcés sur la planète, nous demandons de lever les obstacles qui nous empêchent de manifester notre solidarité envers les personnes réfugiées à travers le monde», écrivent les autrices.
Photo: Charles Krupa Associated Press «Même si le parrainage collectif ne représente qu’une réponse limitée devant l’ampleur des déplacements forcés sur la planète, nous demandons de lever les obstacles qui nous empêchent de manifester notre solidarité envers les personnes réfugiées à travers le monde», écrivent les autrices.

Compte tenu de la crise actuelle en Afghanistan et du succès du Canada en matière de réinstallation des personnes réfugiées, pourquoi le gouvernement fédéral ne réagit-il pas maintenant comme il l’a fait en 2015, lorsque les images d’Alan Kurdi ont galvanisé des millions de Canadiennes et de Canadiens ?

Lors de la récente guerre civile en Syrie, le gouvernement fédéral a adopté un certain nombre de stratégies qui, selon lui, lui ont donné la flexibilité nécessaire pour répondre rapidement à une crise qui s’intensifiait et qui menaçait la vie de millions de personnes.

Parmi ces stratégies, la désignation des réfugiés syriens comme réfugiés prima facie fut sans aucun doute une très bonne initiative. En général, les personnes réfugiées à l’étranger qui demandent l’asile au Canada doivent avoir une preuve démontrant qu’elles ont obtenu le statut de réfugié, un statut reconnu par le droit international. Cependant, dans des contextes de crise politique urgente, les citoyens qui souhaitent fuir leur pays d’origine n’ont souvent pas la possibilité d’obtenir ce statut. […]

Cette désignation est un instrument crucial que des États comme le Canada peuvent et doivent utiliser dans des situations où l’instabilité politique met rapidement en danger des milliers de personnes dans une nation donnée. Nous sommes d’avis que le Canada, étant donné son rôle dans les efforts qui ont été menés depuis de nombreuses années afin de prévenir qu’une telle situation se produise en Afghanistan, a la responsabilité d’accorder cette désignation aux citoyens afghans.

Des règlements à modifier

Aussi importante et nécessaire que soit cette action fédérale, nous savons, en tant que résidentes du Québec et en tant que citoyennes impliquées depuis plus de cinq ans dans le parrainage privé de réfugiés, que ce sera un instrument faible si les règlements provinciaux actuels pour la réinstallation des réfugiés ne sont pas modifiés.

Même si le gouvernement fédéral répondait à la crise en Afghanistan par les actions nécessaires, les marraines et parrains du Québec qui sont solidaires du peuple afghan feraient face à des obstacles considérables. Alors que le gouvernement fédéral impose une limite au nombre de réfugiés pouvant être réinstallés au pays au cours d’une année donnée (une limite qui peut être ajustée en fonction du besoin perçu), il n’existe aucune limite fédérale au nombre de parrainages privés pouvant être entrepris au cours d’une année donnée. […] En revanche, au Québec, il y a une limite imposée sur le nombre de parrainages privés. Le processus de demande de parrainage privé a été rouvert brièvement au printemps 2021 afin d’accepter 750 demandes. À l’heure actuelle, le programme est fermé jusqu’en novembre 2021 — ce qui nous empêche de soumettre une demande de parrainage.

Le gouvernement Legault continue de laisser entendre que l’intégration des personnes immigrantes et réfugiées demeure sa priorité ; cependant, si tel est le cas, pourquoi décourager les groupes de parrainage privé qui sont prêts à investir leur temps et leurs moyens dès maintenant, et ce, bénévolement, afin de soutenir l’intégration linguistique, culturelle, sociale et économique des personnes réfugiées au Québec ? Compte tenu de l’abondante littérature qui confirme les nombreux avantages du parrainage privé, y compris les liens positifs entre ce type de parrainage et l’intégration des personnes réfugiées, pourquoi ce programme est-il limité plutôt qu’encouragé ?

De plus, en permettant à la société civile québécoise de s’impliquer de façon aussi concrète dans les efforts globaux de la lutte contre les migrations forcées, le programme de parrainage privé est un excellent exemple d’engagement civique local dont les ramifications sont transnationales. […] À cet effet, en ce qui concerne l’accueil des réfugiés à travers le monde, on peut constater que les efforts déployés par les pays du Sud global sont de loin supérieurs à ceux des pays du Nord global (plus de 80 % des réfugiés sont accueillis par des pays du Sud global).

Même si le parrainage collectif ne représente qu’une réponse limitée devant l’ampleur des déplacements forcés sur la planète, nous demandons de lever les obstacles qui nous empêchent de manifester notre solidarité envers les personnes réfugiées à travers le monde. Et parce que les Afghans ne sont pas les seuls à affronter une crise présentement, nous demandons au gouvernement du Québec d’ouvrir le programme et de ne pas se limiter aux demandes effectuées pour le parrainage de personnes afghanes. Et au gouvernement fédéral, nous demandons de lever les obstacles bureaucratiques qui empêchent les Afghans sans statut de réfugié de pouvoir être parrainés.

À voir en vidéo