Le patrimoine montréalais absent du discours des partis

«Comment explique-t-on que Parcs Canada ait autorisé la traversée brutale de l’emblématique canal de Lachine par le REM, et sur quelle évaluation d’impacts patrimoniaux?» se demandent les auteurs.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Comment explique-t-on que Parcs Canada ait autorisé la traversée brutale de l’emblématique canal de Lachine par le REM, et sur quelle évaluation d’impacts patrimoniaux?» se demandent les auteurs.

À quelques jours du scrutin, force est de constater que le patrimoine bâti, urbain ou paysager reste très absent des programmes ou des discours des partis fédéraux et de leurs candidats, sinon pour fournir de belles images. Or, tant sur le plan de la reprise postpandémique que sur ceux de l’identité, de l’accès au logement et de la réponse au changement climatique, le sujet est pertinent. Le 28 août, Le Devoir rappelait d’emblée que le Canada est le seul pays du G7 dépourvu de loi sur le patrimoine. Bien que le premier ministre Justin Trudeau ait chargé ses ministres Jonathan Wilkinson et Steven Guilbeault de corriger cette lacune gênante, rien n’a été accompli.

La Convention de l’UNESCO

Rien non plus, semble-t-il, pour répondre, sinon aux nombreux rapports du Vérificateur général et des comités des Communes, du moins à la demande de la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO, acceptée par le Canada en 1976, de se doter d’une politique générale reconnaissant le rôle de la protection du patrimoine culturel et naturel dans la vie collective et l’intégrant aux programmes de planification. En 2021, ce terme touche tant au financement des infrastructures de transport collectif comme le REM qu’à la relance économique ou à la transition énergétique.

Dans le cadre constitutionnel canadien, le rôle de protecteur du patrimoine revient surtout aux provinces qui partagent, comme ici au Québec, ces responsabilités avec les municipalités. Le gouvernement fédéral a cependant des compétences et des responsabilités, dont celles de ne pas nuire, d’agir avec exemplarité et d’apporter son appui à qui agit pour le patrimoine. Par exemple, par une fiscalité incitative, réclamée depuis des décennies, ou par des programmes d’aide qui soutiennent la reconversion d’ensembles patrimoniaux, notamment aux fins de logement coopératif ou abordable.

Le futur gouvernement

Montréal et la région métropolitaine présentent la concentration en lieux et en bâtiments patrimoniaux bénéficiant de désignations fédérales la plus élevée au Canada après Ottawa, fait que la plupart des parlementaires et ministres fédéraux semblent ignorer. Tout comme les nombreuses innovations et concertations émanant de la société montréalaise pour sauvegarder et revitaliser tant les quartiers authentiques que le patrimoine religieux ou industriel.

Comment le futur gouvernement aidera-t-il à la conservation, à la mise en valeur et à la réaffectation du patrimoine montréalais ? Quel sort réserve-t-on aux propriétés fédérales d’intérêt patrimonial comme les casernes, l’ancien ONF ou les abords du Vieux-Montréal ? Comment explique-t-on que Parcs Canada ait autorisé la traversée brutale de l’emblématique canal de Lachine par le REM, et sur quelle évaluation d’impacts patrimoniaux ? Où est le plan directeur promis par le gouvernement pour 2017, plan qui devait donner une vision cohérente au territoire du Vieux-Port et de la pointe du Moulin (Silo 5), site majeur qui semble retomber sous le coup des projets à la pièce, voire prendre une tangente immobilière à saveur commerciale ?

Un partenaire fiable

Enfin, le gouvernement fédéral doit être un partenaire fiable des efforts touchant de grands ensembles du patrimoine montréalais que sont le mont Royal et le parc Jean-Drapeau. Le gouvernement fédéral doit revenir sur sa décision injustifiée d’exclure le mont Royal de la liste indicative des sites du patrimoine mondial au Canada, une demande fondée sur les valeurs contemporaines de diversité culturelle et de rencontre nature-culture et appuyée par une concertation élargie et par plus de 33 000 signatures. Par ailleurs, le gouvernement fédéral doit reconnaître le patrimoine d’Expo 67, notamment la place des Nations et Habitat 67, et aller au-delà de son engagement au maintien de la Bio-sphère dans l’ancien pavillon des États-Unis, pour participer à la restauration de ce patrimoine dans le cadre du plan de mise en valeur du parc Jean-Drapeau dévoilé par la Ville de Montréal.

Tout cela illustre combien les prochains Parlement et gouvernement du Canada, dans le cadre de leurs compétences, devront s’occuper sérieusement du patrimoine, tout particulièrement à Montréal. L’indifférence, les vœux pieux et le faire-semblant ont assez duré.



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